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Martin Fayulu : "Tshisekedi sous-traite la violence"

DW Afrique · 25 septembre 2026 · Source originale

Une semaine après la marche du 15 septembre à Kinshasa , le chef du parti ECIDé revient sur les violences qui ont émaillé la manifestation de l'opposition contre la révision de la Constitution. Il accuse le pouvoir de Félix Tshisekedi et l'UDPS d'avoir orchestré des attaques contre les manifestants, appelle à des sanctions internationales et défend le recours à la légitime défense en cas de nouvelles agressions.

Martin Fayulu : Au départ de la marche, on a vu les policiers sans rien, pas d'armes. Mais arrivés à quelques mètres de la 10ᵉ rue, du siège de l’UDPS, nous avons vu les militaires en train de tirer en l'air. Nous avons vu des policiers en train de nous lancer des gaz lacrymogènes pour nous disperser et ils ont mis les jeunes de l’UDPS au devant, les jeunes qu'on appelle éléments des Forces du Progrès, avec des machettes, avec des gourdins, avec des barres de fer, avec des pierres . Et nous sommes arrivés nez à nez avec eux.

Donc c'est comme s'ils nous ont tendu un guet-apens. S'il n'y avait pas des militaires, s'il n'y avait pas des policiers, nos jeunes à nous allaient faire face à ces jeunes des Forces du Progrès, des kulunas qu'ils avaient embauchés.

DW : Par rapport à la marche du 12 juin , où placez-vous le curseur ?

Martin Fayulu : Par rapport au 12 juin, c'est la puissance dix. Le 12 juin, il y avait des éléments des Forces du progrès aidés par la police, mais ils n'étaient pas aussi nombreux. Cette fois-ci, ils ont été aidés par la police et l'armée. Cela dépasse l'entendement d'un citoyen normal. C'est pour cela que nous disons que Tshisekedi et son gouvernement sont en train de sous-traiter la violence.

DW : Pour vous, on a franchi un cap de non-retour ?

Martin Fayulu : Est-ce que c'est un cap de non-retour ? Non, c'est simplement que monsieur Tshisekedi doit se raviser. Un. Deux, la communauté internationale doit sanctionner Tshisekedi et son gouvernement. La communauté internationale doit sanctionner l'UDPS. Cette affaire, on ne peut pas laisser ça comme ça. Sinon ce sera… les gens vont se rentrer dedans. Parce que pensez-vous que nous, nous allons continuer à nous livrer comme des chairs à canon à ces gens de l'UDPS ?

DW : Justement, vous dites dans votre communiqué : "La C64 affirme qu'elle adoptera désormais des mesures de légitime défense face aux entraves à ses activités publiques". Qu'est-ce qu'il faut comprendre par cette position ?

Martin Fayulu : Il faut comprendre qu'à l'Hôtel de ville, nous sommes convenus qu'il n’y a pas de violences. Et en plus, pourquoi on a cité les États-Unis et les pays de l'Union européenne ? Nous avons eu des appels des ambassades, des, comment dire, fonctionnaires de ces pays-là qui nous ont dit : "S'il vous plaît, pas de violence."

On leur a dit : "De notre côté, vous n'aurez aucune violence", et c'est ce que nous avons démontré. Alors maintenant qu'eux, ils ont vu la violence venue du côté du pouvoir, venue du côté du parti au pouvoir, ils ont vu que le parti au pouvoir entretient pas une milice, des milices.

Vous avez ces jeunes de la Force du progrès qui est une milice. Vous avez les Wewa, qui sont aussi une milice. Vous avez les milices ou la milice Kamuina Nsapu. Ces éléments-là, on les a pris, on les a mis dans la police, dans l'armée, on leur donne l'uniforme.

Vous savez, le général Kantu, qui dirigeait l'opération ou les opérations ce jour-là, qui nous conduisait… Mais ce jeune-là a fui, a fui devant les jeunes des Forces du progrès, devant ces kulunas.

DW : Vous dites qu'un policier qui vous accompagnait, qui encadrait la marche, a fui face aux Forces du progrès…

Martin Fayulu : Mais on l'a vu. Quand nous sommes arrivés nez à nez avec ces jeunes gens, il n'avait plus de forces.

Prochainement, il faut qu'il fasse bien le travail. Que la police, si la police doit encadrer une manifestation, qu'elle encadre bien la manifestation.

Si on laisse encore ces jeunes faire du n'importe quoi, faire ce qu'ils ont fait le 15 [septembre], que voulez-vous que nous fassions ? Que voulez-vous ? La légitime défense, on va se défendre, c'est la défense. Nous n’attaquerons jamais. Mais nous, si on nous attaque, nous allons nous défendre.

DW : Vous avez rappelé tout à l'heure les partenaires internationaux. Vous l'avez dit aussi dans le communiqué de la C64, les États-Unis et les pays de l'Union européenne. Vous dites : "Il faut que le régime de Tshisekedi fasse face à ses actions", notamment à ce qui s'est passé le 15. Concrètement, c'est quoi ? Quelle est votre attente par rapport à ces pays ?

Martin Fayulu : On attend, on attend, comme d'habitude. Je ne peux pas comprendre que le gouvernement américain, par exemple, ce gouvernement épris de paix, de justice, de démocratie, puisse travailler avec un gouvernement qui arme les membres de son parti et qui arme les voyous.

J'ai dit ça, les voyous, parce que l'État me connaît. Ils ne vont pas comprendre les clowns qui leur donnent de l'argent. L'argent sorti des caisses de l'État pour tuer des paisibles citoyens de l'opposition parce qu'ils ont des opinions contraires aux opinions du gouvernement.

DW : Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que la mobilisation ne marche pas et qu'elle faiblit, et que vous avez de moins en moins de monde dans les rues maintenant ?

Martin Fayulu : Mais, Madame, s'il vous plaît, qui a dit que la mobilisation ne marche pas ? Vous avez vu la mobilisation ? Vous ? S'il vous plaît !

Entre l'échangeur et la 10ᵉ rue, le reste de Kinshasa a continué à fonctionner. Ça a toujours été comme ça. J'étais avec Etienne Tshisekedi, nous avons fait des marches. Les marches au Congo, ça a toujours été comme ça. Donc on ne fait pas des marches partout. Non.

Mais la mobilisation, c'est quoi ? C'est le nombre des gens qui viennent. Si l'UDPS n'avait pas des policiers, si ces milices n'avaient pas été protégées, aidées par la police et l'armée, on allait les faire partir.

DW : [Le militant] qui est décédé, qui a perdu la vie, Manassé Momboto… Qu'est-ce que vous répondez aux jeunes qui disent : « Nous donnons nos vies et vous, vous continuez avec vos discours ?

Martin Fayulu : Non, nous donnons tous nos vies. Manassé Lomboto a été assassiné. Paix à son âme. J'ai vu ses parents hier et on regrette.

Davin Kalala est décédé. Nous avons beaucoup de gens et là, nous commençons à atteindre les records que l’UDPS avait, des militants qui ont été tués. On continue à perdre.

C'est la quatrième personne qui meurt sous le régime Tshisekedi. Donc nous disons que c'est arrivé à Manassé. Ça pouvait arriver à tout le monde, y compris moi. J'étais sur le champ, y compris nos enfants qui étaient sur le champ. Tout le monde était là. Ce n'est pas… et malheureusement c'est arrivé à lui. Ça pouvait arriver à plusieurs.

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