Kasaï Central : le pourquoi du chantier hydroélectrique de Katende au point mort

Annoncé comme l’un des projets énergétiques majeurs destiné à transformer le paysage économique du Kasaï Central, le chantier de la centrale hydroélectrique des Chutes de Katende peine encore à prendre pleinement son envol. Évalué à environ 25 %, le taux d’exécution des travaux révèle l’ampleur du chemin qui reste à parcourir avant la mise en service de cette infrastructure stratégique. En cause : des contraintes logistiques, des difficultés financières et des tensions liées à l’environnement fiscal de l’entreprise exécutante.
Lors d’une visite effectuée le week-end dernier, le mandataire spécial du chef de l’État a reçu des explications détaillées sur l’état d’avancement du projet. À cette occasion, les responsables du chantier ont dressé un tableau contrasté : si plusieurs travaux préparatoires ont déjà été réalisés, la progression globale demeure confrontée à des obstacles qui ralentissent considérablement le rythme des opérations.
Sur le terrain, les premières étapes techniques ont néanmoins été franchies. La construction des digues, les travaux topographiques ainsi que le nettoyage du site figurent parmi les activités déjà achevées. Les équipes poursuivent actuellement les travaux d’excavation et l’aménagement du canal d’amenée, deux opérations essentielles dans la configuration de cette future infrastructure hydroélectrique.
Derrière les difficultés d’exécution se pose d’abord la question des infrastructures de transport. L’entreprise Angélique, chargée de réaliser les travaux, pointe notamment la dégradation avancée des axes routiers Kananga-Tshimbulu et Tshimbulu-Bunkonde.
Ces routes constituent pourtant des voies essentielles pour l’acheminement des matériaux de construction, des équipements techniques et des autres fournitures indispensables à la poursuite du chantier.
Dans ces conditions, le transport des matériels devient une opération particulièrement complexe, avec des conséquences directes sur les délais d’approvisionnement et la cadence des travaux.
À cette difficulté s’ajoute l’insuffisance de wagons destinés au transport des équipements. Une contrainte supplémentaire qui complique davantage la chaîne logistique et fragilise la régularité des opérations sur le site.
Au-delà des contraintes routières et ferroviaires, la question financière constitue également un point de préoccupation majeur pour l’entreprise exécutante.
Selon les explications fournies par ses responsables, une ancienne facture évaluée à environ 4 millions de dollars américains resterait impayée par le gouvernement congolais.
Cette situation, si elle se prolonge, pourrait peser sur la capacité de l’entreprise à maintenir le rythme des investissements nécessaires à l’exécution du projet. Dans un chantier de cette envergure, la disponibilité des ressources financières demeure en effet un facteur déterminant pour garantir la continuité des travaux, l’approvisionnement en équipements et le respect des engagements contractuels.
L’entreprise évoque également des difficultés liées aux interventions de certains services fiscaux, notamment la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD). Des interventions que ses responsables assimilent à des tracasseries fiscales et qui, selon eux, contribuent à compliquer davantage le fonctionnement de leurs activités.
Ces préoccupations soulèvent ainsi la question de la coordination entre les impératifs de mobilisation des recettes publiques et la nécessité de préserver un environnement favorable à l’exécution des grands projets d’infrastructures.
Malgré ce tableau marqué par plusieurs difficultés, les perspectives avancées par le chef de projet restent relativement encourageantes. Selon les explications communiquées au mandataire spécial du chef de l’État, les premières productions d’électricité pourraient intervenir dans un délai d’environ une année, soit vers la fin de 2027.
Une échéance qui suscite de nombreuses attentes dans une province où l’accès à l’électricité demeure un enjeu central pour le développement économique et social.
La centrale hydroélectrique de Katende est notamment perçue comme un levier potentiel pour soutenir les activités industrielles, renforcer l’approvisionnement énergétique des ménages et favoriser l’émergence de nouvelles opportunités économiques dans le Kasaï Central.
Toutefois, avec un taux d’exécution estimé à seulement 25 %, l’atteinte de cet objectif dépendra largement de la capacité des différentes parties prenantes à lever rapidement les obstacles identifiés.
Le constat dressé sur le chantier remet au premier plan la nécessité d’une intervention concertée des autorités congolaises. La réhabilitation des axes routiers stratégiques, l’amélioration des capacités de transport ferroviaire, le règlement des engagements financiers en suspens et une meilleure coordination avec les services fiscaux apparaissent comme autant de conditions susceptibles d’accélérer l’exécution du projet.
Pour le Kasaï Central, Katende représente bien davantage qu’un simple chantier de construction. C’est une infrastructure porteuse d’espoir, dont la concrétisation pourrait contribuer à réduire le déficit énergétique et à ouvrir de nouvelles perspectives de développement.
Reste désormais à transformer les annonces en actions concrètes. Car au-delà des taux d’exécution et des contraintes administratives, c’est toute une province qui attend de voir les eaux des Chutes de Katende se convertir enfin en énergie électrique.