Le Bundestag débat de l'opération Irini, les violences contre les migrants en Méditerranée explosent

Le Parlement allemand, le Bundestag , a débattu hier (mercredi 4.11) de la participation de l'Allemagne à l'opération navale européenne Irini en Méditerranée centrale.
Au début, cette mission lancée en 2020 avait pour objectif premier de faire respecter un embargo sur les livraisons d'armes à destination de la Libye.
Mais la mission s'oriente désormais surtout vers la lutte contre les réseaux criminels impliqués dans la traite des êtres humains et le trafic de migrants. Elle forme également les garde-côtes libyens, qui sont pourtant régulièrement accusés de violences contre les bateaux de migrants.
Comme en juin dernier, dans un épisode de violence rapporté le mois dernier par une enquête de l'agence européenne des frontières Frontex.
Un bateau transportant 27 migrants, dont des enfants, est en difficulté. Le canot pneumatique a commencé à se dégonfler. Arrivent les garde-côtes libyens, qui s'approchent et viennent percuter le canot. Des passagers tombent à l'eau, d'autres sont hissés à bord du navire libyen et sont battus. Ils sont ensuite ramenés au point de départ, en Libye.
Il s'agit là d'un des nombreux incidents dont sont régulièrement accusés les garde-côtes libyens, malgré les formations sur le sauvetage et le respect des droits de l'homme assurées dans le cadre d'Irini.
Un nouveau rapport publié mercredi par l'organisation Sea-Watch a recensé plus d'une centaine d'incidents violents commis contre des migrants ou des ONG de sauvetage en mer Méditerranée depuis 2016, dont 26 rien que pour cette année en cours.
Il s'agit de tirs avec des armes à feu, des intimidations verbales, des migrants forcés de se jeter à l'eau, des navires de sauvetage civils qui ont été harcelés.
Et plus de 70 % de ces incidents ont été perpétrés par les garde-côtes libyens.
Si ce rapport est sorti hier, ce n'est pas un hasard. Il a été publié avant les discussions au Bundestag.
Sea-Watch explique que dans la version actuelle de la prolongation du mandat, l'armée allemande n'exclut pas de participer aux formations. En 2022, Berlin avait affiché sa volonté de donner plus de formations aux garde-côtes, invoquant des cas de maltraitance de migrants et des "comportements inacceptables" de la part des Libyens.
Désormais, au Parlement, certains partis appellent à ne pas prolonger le mandat de l'armée allemande, qui maintiendrait la participation de jusqu'à 300 soldats au sein de cette mission. Le mandat actuel arrive à échéance le 30 novembre prochain.
Le parti anti-migrants AfD demande ainsi le retrait, dénonçant les dépenses inutiles et le manque de résultats de l'Irini.
Le parti de gauche radicale Die Linke veut aussi la fin du mandat, accusant l'Union européenne d'utiliser l'Iniri comme force de dissuasion militaire contre les migrants. Le parti demande par ailleurs la fermeture des centres de détention de migrants en Libye, où de nombreux rapports documentent les atrocités subies par les prisonniers.
Médecins sans frontières a notamment constaté ces abus, et rappelle dans un communiqué que "les garde-côtes libyens interceptent chaque année des milliers de personnes en Méditerranée et les renvoient de force en Libye, où elles risquent la détention arbitraire, la torture, les violences sexuelles et le travail forcé."
Depuis le début, l'opération Irini est critiquée. Elle avait succédé à l'opération Sophia, qui elle avait permis de secourir environ 45 000 personnes en mer, soit 9 % du total des migrants secourus en Méditerranée. Ce rôle a été abandonné avec la mission Irini . Un vide que tentent de combler les navires humanitaires des ONG.