En RDC, face à la surpopulation carcérale, la prison de Makala suspend les nouvelles admissions

En République démocratique du Congo, la décision du ministre de la Justice de suspendre les nouvelles admissions, notamment à la prison centrale de Makala, relance le débat sur la surpopulation carcérale .
Construite en 1957 pour accueillir 1 500 détenus, cette prison en compte aujourd’hui environ 16 000. Des organisations de défense des droits humains dénoncent le recours excessif à la détention, tandis que les magistrats mettent en avant l’explosion démographique de la capitale congolaise et réclament la construction de nouveaux centres de détention.
Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, reconnaît la situation déplorable dans les prisons de la RDC . Après avoir visité celle de Makala, à Kinshasa, il a affirmé vouloir redonner de la dignité aux lieux de détention.
"Je suis entré dans un pavillon où je ne pouvais même pas marcher parce que même dans les couloirs, les détenus étaient là. Donc, nous avons décidé de ne plus accueillir de nouveaux prisonniers tant que la situation ne se sera pas améliorée. C’est une question de responsabilité. On ne peut pas permettre que nos compatriotes continuent de vivre dans ces conditions-là."
Des conditions de vie restent encore traumatisantes pour les anciens détenus.
"A Makala, on mourrait tous les jours. Quatre morts et parfois six morts, faute de soins. La mort y était une routine. J’ai vu des milliers de détenus malades devenir invalides. Incapables de marcher. Dans les cellules, des prisonniers étaient entassés comme des sardines, sans aération. C’est la dignité humaine qu’on y enferme et qu’on y laisse mourir", témoigne le journaliste Stanis Bujakera qui a passé six mois en détention préventive à la prison de Makala.
Pour les organisations de défense des droits humains, certains magistrats auraient fait de la détention la règle, et de la liberté l’exception. Une pratique qui contribuerait à la surpopulation carcérale. Certaines d'entre elles préconisent plusieurs réformes : "Renforcer le corps des inspecteurs qui devraient recevoir les plaintes des avocats et des défenseurs des droits de l’homme sur les arrestations arbitraires. Penser à une réforme légale où on doit introduire le poste de juge d’instruction et de juge de liberté et de la détention, en laissant au ministère public sa mission de diriger seulement les enquêtes" , précise Carlos Mupili, président de la Dynamique chrétienne pour la défense des droits humains et de l’environnement.
Les magistrats, eux, récusent leur responsabilité dans cette surpopulation. L’un d’entre eux rappelle que Makala a été construite à une époque où Kinshasa comptait quelques centaines de milliers d’habitants. La capitale congolaise en compte aujourd’hui entre 20 et 22 millions.
Une croissance démographique qui s’accompagne, selon lui, d’une hausse de la criminalité. Il estime donc que la suspension des nouvelles admissions ne constitue pas une solution durable. Ce magistrat plaide plutôt pour la construction de nouvelles prisons adaptées aux besoins actuels.
En 2024, le ministre de la Justice de l'époque, Constant Mutamba, avait déjà engagé des opérations de désengorgement des prisons , avec des résultats qui ont été jugés insuffisants.