Alors que le Nigeria enregistre son premier cas d'Ebola, le Bénin et le Cameroun voisins sont en alerte

C'est l’alerte maximale dans les pays voisins du Nigeria , après la découverte d’un premier cas d’ Ebola dans le pays le plus peuplé d’Afrique. La personne déclarée positive est arrivée d’Ouganda et est en isolement. Cette femme est originaire d'Ouganda mais réside à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, a indiqué jeudi (22.10.26) à l'AFP le directeur général de l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya. Il a ajouté qu'elle ne s'était pas rendue en RDC, contrairement à ce qu'avaient précédemment suggéré les autorités ougandaises.
Même avant l’enregistrement du premier cas d’Ebola, le centre nigérian de contrôle des maladies (NCDC) publiait des messages de sensibilisation, en demandant aux populations de respecter les consignes d'hygiène.
Une ligne gratuite, le 6232, est ouverte 24h sur 24. Ce n’est pas la première fois que le Nigeria enregistre des cas de cette maladie. En 2014, au moins vingt cas avaient été répertoriés pour huit décès.
Abdulsalami Nasidi dirigeait alors le NCDC. Il explique que "le Nigeria a réussi, en quelque sorte, à maîtriser rapidement l'épidémie d'Ebola de 2014 parce qu'il a pris les bonnes mesures, au bon moment" .
Sa solution pour éviter une présence du virus : "Les Nigérians doivent donc tout mettre en œuvre pour obtenir une évaluation exhaustive des risques. C’est ce qui nous permettra non seulement de retracer les contacts, mais aussi de suivre la propagation du virus. Si nous ne suivons pas la propagation du virus, nous lui permettrons de se propager, et nous nous exposerons à de graves problèmes" .
44 cas contacts sont suivis au Nigeria. Il enregistre son premier cas, alors qu’une autre fièvre similaire à Ebola, la fièvre de Lassa, est toujours présente dans le pays.
Le Cameroun voisin, lui, n’a jamais enregistré de cas d’Ebola. Il a décidé jeudi (22.10.26) de relever son niveau de vigilance à l’issue d’une réunion de crise.
Le Bénin est un autre pays qui n’a pas connu de cas d’Ebola et est frontalier du Nigeria. Celui-ci a décidé de se placer en préalerte, après une visite, mercredi (21.10.26), du ministre de la Santé à l’aéroport de Cotonou.
Des caméras thermiques sont installées, ainsi que des salles d’isolement équipées lors des précédentes crises. Le gouvernement demande aux populations de ne pas paniquer, mais rappelle les mesures d’hygiène.
L’épidémiologiste Ange Dossou est conseiller technique au ministère de la Santé et il ne sous-estime pas le danger.
"Le dispositif au Bénin est en place depuis longtemps. Mais quand on a eu l'alerte, surtout que nous partageons 750 à 800 kilomètres de frontières, il faut renforcer les mesures", estime-t-il.
Il ajoute sur la DW : "Il y a une menace, la menace est réelle. Mais on ne fermera pas les frontières, ça c’est évident. On mettra une barrière de sécurité, pour renforcer les mesures barrières puisque c’est une maladie qui se transmet par contact."
L'épidémiologiste allemand de l’Hôpital de la Charité à Berlin, Maximilian Gertler, vient de rentrer de République démocratique du Congo et il se rendra dans dix jours au Kenya, autre pays touché par Ebola . Ses consignes sont de respecter les mesures d’hygiène, de tracer les contacts, d’alerter et de sensibiliser la population, mais aussi de soutenir les structures de santé dans la prise en charge des cas suspects, ou confirmés, afin d’éviter la transmission dans les structures médicales.
"Il faut considérer que le problème principal, c'est la grande épidémie en RDC, dit Maximilian Gertler. Si ce n'est pas arrêté là-bas, il y a bien sûr toujours un risque de propagation dans les autres pays. C'est là-bas (en RDC) qu’on a 95 % des cas ."
D'après le bureau Afrique de l’OMS, ce jeudi, aucun pays ne sera en sécurité tant que tous ne seront pas prêts à réagir à la détection des premiers cas sur leur territoire. L'OMS insiste sur le fait que l'Afrique fait face à une "situation épidémique plus complexe" après la propagation du virus au Nigeria, quatrième pays africain touché par l'épidémie.
Jean Kaseya le patron de l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC) a mis en garde mardi (20.10) contre "une menace extrêmement grave" et appelé à la mobilisation internationale. L'Africa CDC a par ailleurs convoqué une réunion de haut niveau des ministres africains de la Santé mercredi prochain (28.10) pour "évaluer la situation, renforcer la coordination transfrontalière, accélérer l'appui aux pays touchés et consolider la préparation de l'ensemble du continent" .