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Sahel : des affrontements pour le contrôle de territoires stratégiques

DW Afrique · Bob Barry · 21 octobre 2026 · Source originale

Dans la zone dite des trois frontières, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger , les combats se poursuivent entre l' État islamique au Sahel et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, le Jnim , affilié à Al-Qaïda.

Les deux organisations revendiquent de lourdes pertes dans les rangs adverses. Des bilans impossibles à vérifier de manière indépendante. Derrière ces affrontements, se joue une lutte pour le contrôle de territoires stratégiques.

Depuis plusieurs semaines, les combats opposant l'État islamique au Sahel et le Jnim se multiplient dans la "région des trois frontières".

Au cœur de cette confrontation : le contrôle de territoires où les deux organisations armées cherchent à étendre leur influence. Chacun accuse l'autre d'empiéter sur ses zones d'autorité ou de s'en prendre à ses combattants.

Paradoxalement, ces affrontements infligent parfois davantage de pertes aux groupes djihadistes que les opérations militaires menées contre eux .

Mais il est encore difficile de dire qui en tire réellement profit, explique Boubacar Haidara, chercheur au Centre international d'études sur les conflits, à Bonn.

Il explique que "les affrontements entre les deux groupes, de tout temps, ont été particulièrement violents, de telle sorte qu'on dit souvent que les deux groupes se causent mutuellement plus de dégâts que les armées nationales leur en causent."

Selon l'expert, de ce point de vue, "les armées nationales des différents pays sont gagnantes de la situation". Mais le plus important pour lui "concerne le sort de la population civile".

Pour l'instant, on ignore le bilan exact de ces affrontements entre groupes djihadistes. Mais selon Wassim Nasr, journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes, les affrontements entre le Jnim et l'EIS auraient fait des centaines de morts.

"On ne sait pas qui a pris le dessus dans ces batailles" explique-t-il en assurant qu'il y a "des chiffres qui sont avancés par l'État islamique. Si on les combine, ça nous fait à peu près dans les 600 morts du côté du Jnim, dans différentes batailles ces dernières semaines. Le Jnim, par ailleurs, ne s'est pas exprimé là-dessus" précise Wassim Nasr .

"J'ai pu récolter quelques propos qui disaient que les chiffres étaient exagérés. Mais il faut imaginer aussi que, qui dit bataille rangée avec un nombre important de morts dans les rangs des deux, dit une dogmatisation accrue de ses combattants, et donc une violence encore plus grande dans les zones concernées. Ou quand même, disons-le, il y a des gens qui habitent" conclut le journaliste.

Au-delà des pertes humaines, l'enjeu est aussi territorial. Certains analystes estiment qu'une victoire du Jnim ou de l'État islamique devrait modifier la nature de l'insurrection dans l'ensemble du Sahel .

Si le Jnim venait à reculer, l'État islamique pourrait renforcer sa progression vers les pays du golfe de Guinée et consolider son implantation dans certaines régions du Mali.

À l'inverse, un affaiblissement de l'État islamique pourrait permettre au Jnim d'étendre son influence dans des zones où son rival reste fortement implanté, notamment à Ménaka, dans l'est du Mali, à Tillabéry et Dosso au Niger, voire jusqu'au nord-ouest du Nigeria.