« Les déplacés veulent avant tout retrouver la paix » (Damien Mama, Onu en RDC)

Face à la persistance de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC , Damien Mama, coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC , revient sur le sort des 6,1 millions de déplacés internes, la nécessité de protéger les civils et l’urgence de parvenir à une paix durable.
DW : L’actualité du moment, en RDC, c’est la récente sortie de l’ancien président Joseph Kabila, qui a créé le Front pour la refondation de la nation. Cette annonce est survenue peu après le passage des médiateurs de l’Union africaine à Goma. Certains y voient une forme de feu vert donné à cette initiative. Quel regard les Nations unies portent-elles sur cette sortie de l’ancien président Joseph Kabila ?
Damien Mama : Dans mes fonctions de coordonnateur humanitaire, je ne commente pas les processus politiques . Je peux toutefois partager avec vous les préoccupations de la communauté humanitaire, et elles sont au nombre de trois.
La première préoccupation, c’est la paix, afin que les populations puissent retourner chez elles. La deuxième préoccupation, c’est que, quels que soient les développements récents, il est important de préserver l’accès humanitaire dans toutes les zones affectées par les conflits. Enfin, la troisième préoccupation concerne la protection des civils. Les civils ne sont pas des combattants. Ils doivent être protégés en tout temps.
DW : Lors de votre récente visite sur le site de déplacés de Luvangira, au Nord-Kivu, vous avez rencontré Maman Mariamou, qui vous a confié, je la cite : « Nous voulons rentrer chez nous. Nous sommes fatigués de fuir, fatigués des viols, des tueries et de voir nos maisons détruites. » À travers ce témoignage, que nous dit aujourd’hui la réalité vécue par les millions de déplacés congolais ? Quelle est, selon vous, l’urgence humanitaire la plus critique actuellement ? Et si vous pouvez nous donner les chiffres les plus récents, combien de déplacés internes compte aujourd’hui la RDC ?
Damien Mama : Vous savez, les mamans nous appellent toujours « mon fils » et disent : « Mon fils, quand tu repartiras là-bas, il faut dire à vos gens, à vos chefs, là-bas, que nous voulons la paix. Nous voulons retourner chez nous. Vous nous avez aidés et vous nous nourrissez. Mais nous n’avons pas besoin de l’aide humanitaire. » Ce sont des messages très profonds que ces femmes nous transmettent lorsque nous les rencontrons dans les camps de déplacés .
Aujourd’hui, la RDC compte environ 6,1 millions de personnes déplacées. Parmi elles, certaines ont été déplacées plusieurs fois. J’ai vu des personnes déplacées plus de quatre, voire cinq fois, avec leurs enfants et leurs familles. Ces populations ont besoin de protection. Elles ont besoin d’assistance, mais elles ont surtout besoin de sécurité et de paix dans leurs communautés, parce qu’elles sont capables de se nourrir elles-mêmes. Elles sont capables de produire.
DW : Vous dites avoir rencontré de nombreuses personnes déplacées à plusieurs reprises, parfois quatre ou cinq fois. En tant que coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, est-ce que cela ne constitue pas un aveu d’échec ?
Damien Mama : Non. La réponse humanitaire a pour objectif de sauver des vies et d’assister les populations dans l’immédiat. Mettre fin aux facteurs qui provoquent ces déplacements est une problématique qui relève à la fois du gouvernement, des acteurs engagés dans les processus de paix et de tous ceux qui peuvent contribuer à créer un environnement propice à une paix durable et à la sécurité.
DW : Que nous disent aujourd’hui ces chiffres sur l’ampleur des déplacements de population ? Et comment inverser cette tendance ?
Damien Mama : Les chiffres des déplacés nous racontent des histoires de vies déchirées, de vies perturbées, de vies interrompues et, parfois même, de familles complètement déstructurées. L’histoire des déplacements et leur dynamique traduisent une vulnérabilité multidimensionnelle. C’est pour cela que je continue de dire qu’il est important de créer les conditions de solutions durables, afin que plus personne ne soit obligé de se déplacer.
DW : Monsieur Mama, si vous deviez aujourd’hui adresser un message aux autorités congolaises, aux différentes parties au conflit ainsi qu’à la communauté internationale, quel serait-il ?
Damien Mama : Vous savez, un pays qui est continuellement affecté par les conflits perd progressivement ses acquis en matière de développement. Le développement économique n’est pas possible dans un contexte de conflits prolongés. La RDC, en tant que pays, a donc besoin d’une paix durable et de stabilité sur le long terme.
DW : Pour vous, les processus de Doha ou de Washington restent-ils pertinents aujourd’hui, même si certains acteurs ont choisi la voie des armes ?
Damien Mama : Vous savez, c’est précisément parce que certains ont pris les armes que nous avons ces processus, à Doha comme à Washington . Nous gardons l’espoir qu’avec la bonne volonté des médiateurs et la contribution des pays qui disposent d’une influence, nous serons en mesure de mettre fin à ce conflit qui affecte avant tout les populations qui, elles, n’ont jamais pris les armes.