RDC : face au FRN de Kabila et à la poursuite des combats, l’Union africaine sort prudemment du silence

Après plusieurs jours de silence, l’ Union Africaine a appelé, dans un communiqué prudent, les acteurs de la crise congolaise à privilégier le dialogue et les moyens pacifiques.
Une prise de position qui intervient en effet une semaine après la création du Front pour la refondation de la nation, le FRN, dirigé par l’ancien président Joseph Kabila . Sur le terrain, dans l’est du pays, les combats se poursuivent entre l’armée congolaise et les rebelles.
Dans un communiqué publié ce mardi, le président de la commission de l’Union Africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a condamné toute prise de pouvoir par la force et a appelé à préserver les institutions démocratiquement élues.
Alors qu’il ne cite ni Joseph Kabila ni le FRN, Mahmoud Ali Youssouf a insisté sur le respect du cessez-le-feu et des engagements en faveur de la paix pris à Doha et à Washington.
Mais pour le professeur Yvon Muya, expert en études de conflits et enseignant à l’université Saint-Paul d’Ottawa, au Canada, l’Union africaine n’avait d’autre choix que de prendre enfin la parole, même de manière prudente.
“On se retrouve devant un ancien président qui reprend un rôle dans la rébellion. Un ancien président sous le coup de sanctions internationales, mais aussi condamné (à mort) dans son pays. Je pense qu’ils se sont retrouvés face à un dilemme. Faut-il pointer du doigt Kabila ? Faut-il exacerber davantage la situation, notamment en ciblant le Rwanda ? Je crois que toutes ces questions ont tourné pendant cette semaine de réflexion”, estime Yvon Muya.
Enseignant de sociologie politique à l’université de Kinshasa, le professeur Guy Aundu pense lui aussi que l’influence de l’Union Africaine est faible dans les tentatives de ramener la paix en RDC.
“Tout ce qui se passe au Congo, c’est beaucoup plus les initiatives qui partent d’ailleurs qu’on est en train d’appliquer ou de vouloir appliquer, plutôt que les résolutions même de l’Union africaine. Je pense que l’Union africaine est appelée à se redynamiser et même à revoir de fond en comble son organisation, afin d’être plus efficace pour gérer les problèmes au niveau de l’Afrique” , assure-t-il.
Dans les zones de conflits, notamment dans la province de l’Ituri, où les habitants font régulièrement face à des attaques des groupes armés, dont la Coopérative de développement du Congo, la Codéco, la société civile regrette que les solutions viennent souvent de l’extérieur.
“Nous sommes un État indépendant. Nous pouvons nous-même trouver la solution à nos problèmes. Tant que nous regarderons la solution à l’extérieur, nous allons continuer à souffrir. Celui que nous croyons venir nous aider, il a aussi ses problèmes. Congolais, regardons-nous en face. Cherchons à trouver les solutions à nos problèmes de notre manière. Là, nous aurons une solution durable” , insiste Dieudonné Lossa Dekhana, coordonnateur de la société civile de l’Ituri.
Alors que la situation humanitaire se dégrade davantage dans l’est de la RDC, à la suite des affrontements qui forcent les populations à fuir leurs villages, le FRN de Joseph Kabila a remplacé l’organisation rebelle AFC/M23 , désormais dissoute.