Nord-Kivu : Beni à l’arrêt pour renforcer la lutte contre Ebola

Ce lundi, à Beni , il ne s’agissait pas d’une journée ville morte contre l’insécurité, mais d’une journée « Stop Ebola ». Les activités scolaires et économiques, ainsi que les transports entre les villes, étaient suspendus.
Seul le secteur de la santé est resté opérationnel. Objectif : sensibiliser les habitants et exprimer la solidarité envers les malades et leur famille. Dans les rues, les habitants appellent à une prise de conscience collective.
"C’est une bonne chose parce que les autorités ont pris ça au sérieux. Il y a des lave-mains par exemple à des barrières, mais il y en a qui traversent sans se laver les mains. Il y en a qui ne se protègent pas. La maladie existe et ce n’est pas de la blague."
"Ces gens qui sont jusque-là inconscients de l’existence de la maladie, il faut appliquer des mesures pour ne pas être atteint."
Il y a environ un mois, Radjati Kamanyola est sortie d’un Centre de traitement Ebola à Oicha , une ville voisine de Beni. Forte de son expérience, elle appelle à oublier les réticences et à faire confiance aux équipes de santé.
"Ces malades qui s’évadent des CTE (Centres de traitement Ebola), ce sont eux qui meurent ensuite. Mais si tu consultes rapidement, en cas de symptômes, tu vas guérir. Moi, je serais déjà morte, mais j’ai accepté d’aller au CTE et voilà, je suis guérie. Les gens ne doivent pas croire aux rumeurs."
Mais la sensibilisation ne suffit pas, estime Angelus Kavutirwaki, leader communautaire au sein de la société civile de Beni. Il réclame un engagement accru des autorités et des mesures contre les personnes qui entravent la riposte.
"Les autorités, ce qu’elles doivent faire, c’est aller sensibiliser dans des quartiers où il y a de la résistance, et identifier les personnes qui créent cette résistance, afin qu’on puisse les arrêter. Donc, il faut pousser les gens à accepter, par la force, au lieu de subir les conséquences. Il y a des financements qui sont donnés, mais qui n’arrivent pas à destination. Les sensibilisateurs ne sont même pas pris en charge."
Selon le bilan officiel, communiqué le 18 octobre, le Nord-Kivu compte désormais 2 164 cas confirmés d’Ebola, soit 368 cas supplémentaires en dix jours.
Face à cette progression, les autorités provinciales ont également annoncé plusieurs mesures : des restrictions des déplacements depuis la province voisine de l’Ituri, l’interdiction de certains rassemblements, la régulation des transports en commun et une limitation à 20 personnes lors des enterrements sécurisés.
Pour les autorités, la lutte contre l’épidémie d’Ebola dépend aussi de l’engagement quotidien des communautés et de la confiance entre la population, les soignants et les autorités.