Partageant une frontière commune, Bamako et Abidjan veulent à nouveau s'unir face au terrorisme

Le coordonnateur national du renseignement ivoirien, Vassiriki Traoré, séjourne actuellement à Bamako à l'invitation de son homologue malien, le général Modibo Koné, directeur de l'Agence nationale de la sécurité d'État (ANSE).
Au menu des discussions entre les deux hommes, la question sécuritaire et notamment la lutte antiterroriste . Cette visite intervient dans un cadre de réchauffement des relations entre Bamako et Abidjan qui s'étaient brouillés ces dernières années sur plusieurs dossiers brûlants comme la souveraineté ou encore la sécurité.
Ainsi, près de quatre mois après la main tendue du ministre ivoirien de la Défense et vice-premier ministre, Tené Birahima Ouattara, aux pays de l'AES , notamment le Mali et le Burkina Faso, la visite de 72 heures de Vassiriki Traoré, le chef des renseignements ivoiriens à Bamako, semble s'inscrire dans cette démarche de la partie ivoirienne en vue de réamorcer la coopération sécuritaire entre les trois pays qui partagent plus de 1.000 kilomètres de frontière commune.
Pour Kaou Abdrahamane Diallo, analyste politique, le Mali et la Côte d'Ivoire ont beaucoup à gagner à mettre en commun leurs énergies pour faire face à la menace terroriste dans la région. Ce dernier pense que "la Côte d'Ivoire constitue aujourd'hui la profondeur, le nœud logistique très important avec mine d'or dans la région de Bougouni. Ce corridor qui part de Kolondieba jusqu'à San Pedro représente une artère vitale pour l'économie malienne. C'est par là-bas que notre oléoduc transite jusqu'au port. Il est important que cette partie de notre frontière soit assainie et, tout le monde sait que les terroristes pullulent dans la zone. Le Burkina Faso est aussi frontalier de cette partie. Cette visite est à ce titre tout à fait salutaire".
Pour Moctar Sy, leader d'opinion, cette visite doit déboucher sur l'instauration d'une coopération loyale entre les deux pays voisins au bénéfice des populations. Il "pense qu'en marge de cette visite, la sécurité doit être un point de départ, surtout pas une finalité. Il faut aller au-delà du renseignement, ouvrir un dialogue plus large, aborder les sujets politiques, sécuritaires sensibles avec franchise et recréer progressivement cette confiance qui s'est perdue à un moment donné. Nous sommes condamnés à vivre côte à côte. Pour moi, la souveraineté et le dialogue ne doivent pas être contradictoires, on peut défendre fermement nos intérêts tout en nous tendant la main. Cette main tendue doit cependant être réciproque et les actes doivent suivre les paroles".
En vue donc, la reprise des mécanismes de coordination régionale ainsi que des opérations militaires conjointes aux frontières. Pour Abidjan aussi bien que pour Bamako, nul n'a intérêt à laisser les groupes terroristes planifier des attaques le long des frontières. C'est du moins tout l'enjeu de cette visite du chef des renseignements ivoiriens à Bamako.