Octobre Rose : « La tumeur mesurait environ 4 cm. J’ai été opérée et aujourd’hui, je suis sous hormonothérapie », témoignage de Carine Nanikiande, survivante du cancer du sein (interview)

Le cancer du sein est une maladie caractérisée par la croissance incontrôlée des cellules mammaires anormales qui forment des tumeursm touchant plus de 9.700 femmes en RDC, d'après les données de GLOBOCAN, une base de données mondiales sur le cancer.
Et dans la cadre de cette sensibilisation, la rédaction de 7SUR7.CD a rencontré vendredi 2 octobre, Carine Nanikian, une survivante du cancer du sein, qui a relaté, dans une interview, son combat contre cette maladie, dont l’intégralité ci-dessous :
Carine Nanikian: Mon histoire a commencé en mars 2022, lorsque j’ai senti une boule au niveau de mon sein gauche. Au départ, certains examens ne montraient rien d’alarmant et la situation a été quelque peu banalisée. Mais au fil des mois, les choses sont devenues plus sérieuses et les investigations se sont poursuivies jusqu’à l’établissement du diagnostic. Lorsque j’ai finalement appris que j’avais un cancer du sein, tout s’est arrêté pendant quelques instants. Lorsqu’on entend le mot « cancer », on pense immédiatement à la mort.Il y avait également un antécédent familial : ma maman avait elle-même eu un cancer du sein. Avec le recul, je comprends que j’aurais dû être davantage sensibilisée au risque familial et commencer une surveillance adaptée plus tôt. Je pensais simplement qu’une mammographie à partir de 40 ans suffisait.
Carine Nanikian: Les premiers moments ont été très difficiles. Il y avait la peur, les questions, l’incompréhension et cette impression que tout pouvait basculer du jour au lendemain. Mais au milieu de cette peur, une conviction s’est imposée en moi : je ne voulais pas mourir. Ma foi m’a énormément portée. Dans ces moments où je n’avais pas toutes les réponses, je me suis accrochée à Dieu et à l’espoir. Mon chant d’allégresse est devenu cette parole : «Je ne mourrai pas, je vivrai et je raconterai les œuvres de l’Éternel». Aujourd’hui, je suis là pour raconter cette histoire.
Carine Nanikian : Le cancer avait déjà évolué au moment du diagnostic, avec une atteinte ganglionnaire axillaire. La tumeur du sein gauche mesurait environ 4 cm. J’ai été opérée le 28 juillet 2023, avec une tumorectomie du sein gauche et une prise en charge ganglionnaire axillaire.
Carine Nanikian : l’annonce de ma maladie a été très difficile pour mes enfants, qui étaient dévastés, ainsi que pour ma mère et mes frères. J’avais parlé de ma situation à mon entourage très proche, et ils m’ont apporté un soutien inconditionnel, aussi bien moral que financier. Mais avec le recul, j’ai compris une chose importante : les personnes qui entourent la malade souffrent elles aussi terriblement. Elles ne le montrent pas toujours, parce qu’elles essaient de rester fortes pour nous accompagner, nous rassurer et nous soutenir. Pourtant, elles vivent leurs propres peurs, leurs inquiétudes et leurs moments de découragement. Certaines personnes n’aiment pas parler de la maladie. Elles ont peur de la stigmatisation, du rejet ou de la honte. Il est donc essentiel de créer un environnement où la parole est possible, sans jugement et sans culpabilité.Dans cette épreuve, on pense souvent uniquement à la personne malade, ce qui est normal. Mais il ne faut pas oublier les enfants, le conjoint, les parents, les frères, les sœurs et tous ceux qui restent présents au quotidien. Eux aussi ont besoin d’écoute, de réconfort et d’attention. Eux aussi méritent des fleurs, parce qu’ils traversent cette bataille à nos côtés. Il faut également le dire : les traitements contre le cancer sont extrêmement coûteux, surtout lorsqu’ils doivent être suivis à l’étranger. Dans ces moments-là, leur présence, leurs encouragements, leurs prières et leur aide concrète ont été essentiels pour moi. J’ai compris à quel point l’entourage peut être important dans une maladie comme celle-là. Une personne malade n’a pas toujours besoin qu’on lui trouve des solutions. Parfois, elle a simplement besoin qu’on reste là. Mais ceux qui restent là ont également besoin que l’on reconnaisse leur souffrance et leur courage.
Carine Nanikian : j’ai d’abord été prise en charge en Turquie, où j’ai commencé les séances de chimiothérapie. Après cinq séances, les médecins ont évalué la situation et constaté que la masse avait disparu. Cependant, il était nécessaire de retirer la tumeur, malgré cette réponse favorable au traitement. J’ai donc poursuivi ma prise en charge à Istanbul, où j’ai continué mon traitement et bénéficié de l’intervention nécessaire. Mais rester près de sept mois à l’étranger n’a pas été facile, notamment sur le plan financier. Les traitements, les déplacements, l’hébergement et les autres dépenses liées aux soins représentent une charge très importante pour la patiente et sa famille. Par la suite, j’ai dû rentrer en RDC, où j’ai appris qu’une grande partie de la prise en charge était assurée par le gouvernement. J’ai donc pu y poursuivre et terminer mes séances de chimiothérapie, puis bénéficier également de la radiothérapie.
Aujourd’hui, je suis sous hormonothérapie, c’est-à-dire un traitement médicamenteux que je dois prendre pendant cinq ans afin de réduire le risque de récidive. La chimiothérapie a été une période particulièrement éprouvante, aussi bien physiquement que moralement. Elle entraîne une grande fatigue, des nausées, une perte d’appétit et parfois une profonde fragilité émotionnelle. Il faut apprendre à accepter que son corps change et qu’il ne réagisse plus comme avant. Chaque séance représentait une nouvelle bataille. Il y avait la peur des effets secondaires, l’épuisement et les moments de découragement. Mais je me rappelais que ces traitements avaient pour objectif de m’aider à vaincre la maladie. Je m’accrochais donc à ma foi, à mes proches et à cette volonté de vivre.Mon parcours de soins a comporté plusieurs étapes, en Turquie comme en RDC, et chacune d’elles a profondément marqué ma vie. Aujourd’hui, je continue également à vivre avec certaines séquelles du traitement et je mesure combien l’après-cancer mérite, lui aussi, d’être accompagné.
Carine Nanikian :je voudrais leur dire : ne perdez pas espoir. Le cancer peut vous faire peur, vous faire douter et vous faire traverser des moments que vous n’auriez jamais imaginés. Mais un diagnostic n’est pas une condamnation. Écoutez votre corps. Faites-vous dépister. Insistez lorsqu’une anomalie persiste. Et surtout, ne banalisez jamais une boule, une douleur ou un changement inhabituel au niveau du sein.À celles qui sont en traitement, je veux dire : vous n’êtes pas votre maladie. Vous êtes une femme qui traverse une épreuve. Et chaque jour gagné est déjà une victoire. Le cancer est une bataille. Et lorsqu’on entre dans une bataille, on n’y va pas avec l’idée d’être vaincue. On y va avec courage, avec foi et avec la conviction qu’une victoire est possible.C’est aussi pour cela qu’aujourd’hui je prends la parole avec « Espoir pour Elles » : parce que si mon histoire peut encourager une femme à se faire dépister à temps, alors tout ce que j’ai traversé aura encore plus de sens.
Carine Nanikian : il faut continuer à améliorer plusieurs aspects : le dépistage précoce, l’accès aux examens spécialisés, la rapidité du diagnostic, l’accès aux traitements, mais aussi l’accompagnement psychologique et social des patientes. Il faut également renforcer la sensibilisation, particulièrement sur le risque familial. Beaucoup de femmes ne connaissent pas suffisamment les signes d’alerte ou arrivent encore trop tard dans le parcours de soins.La prise en charge publique doit aussi être davantage connue et renforcée, afin que les patientes puissent bénéficier plus facilement des traitements disponibles en RDC, sans être obligées de partir à l’étranger ou d’interrompre leurs soins pour des raisons financières. Et surtout, nous devons parler davantage de l’après-cancer : la rééducation, les séquelles physiques, le suivi sous hormonothérapie, le retour à la vie professionnelle, l’estime de soi et la réinsertion sociale. Parce que survivre au cancer, ce n’est pas simplement terminer un traitement. C’est réapprendre à vivre et, parfois, réapprendre à aimer la vie encore plus fort qu’avant.