Orpaillage clandestin : quand le cacao en souffre en Côte d’Ivoire

Alexis Amadi possède plusieurs hectares de cacao à Ayamé, dans le Sud-Est de la Côte d'Ivoire . Mais entre l’orpaillage clandestin qui dégrade l’environnement et le manque de main-d’œuvre, son exploitation est aujourd’hui menacée. Pour espérer améliorer sa future production, Alexis Amadi a gardé les bons gestes : l’ébourgeonnage et la taille d’entretien. Une tâche qu’accomplissaient ses ouvriers auparavant.
"Ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile parce qu’aujourd’hui, avec l’orpaillage tout le monde est parti. Je pense que dans l'activité d'orpaillage, les gens se sentent mieux à l’aise plus qu’à la plantation ici, parce qu’il y a l’argent là-bas."
A Ayamé, le cacao, principale culture de rente de la région fait face à un nouveau concurrent : l’orpaillage clandestin. A quelques kilomètres des plantations, les sites d’extraction attirent une partie de la main-d’œuvre agricole, à la recherche de revenus plus rapides .
La Côte d’Ivoire est pourtant premier producteur mondial de cacao. Mais une étude de l’AFD (Agence française de développement) portant sur la campagne 2024-2025, évoquait des journées payées entre 1 500 et 2 000 FCFA dans le cacao, contre 10 000 FCFA pour certains ouvriers dans l’orpaillage clandestin. Conséquence, dans les champs, les producteurs de cacao manquent de bras pour entretenir les cacaoyers, désherber, traiter les plantations ou récolter les cabosses à temps.
Marie Virginie Kouadio, présidente de coopérative de cacao, explique que "la production baisse, parce qu'il n'y a pas de main-d’œuvre. Ce sont des personnes qui font l'entretien des plantations, qui vont faire aussi les récoltes et tout ça. Et puis, il y a le fait que la nappe phréatique est polluée par les produits utilisés par les orpailleurs" .
"Donc, on voit des fèves de cacaos mourir et tout ça. Donc, vraiment, ça nous fatigue. En fait, je parle du problème d'orpaillage qui impacte négativement notre production."
Jean Siami a abandonné la plantation de cacao de sa grand-mère pour rejoindre un site d’orpaillage. Après seulement quelques mois, il a pu s’acheter un terrain et une moto.
"J'ai laissé un champ de cacao pour aller dans l'orpaillage, parce que l'argent de l'orpaillage, ça me rapporte beaucoup. L’Etat veut réguler le secteur de l'orpaillage, je veux vite finir la mise sur pied de ma boutique pour quitter l’orpaillage. "
A Ayamé, l’or attire les bras, tandis que le cacao en manque. La course à l’or ne bouleverse donc pas seulement les paysages. Elle prive aussi les plantations de bras et fragilise une filière essentielle pour les familles de la région.