RDC : l’annonce du FRN par Joseph Kabila déclenche une vague d’indignation

L’annonce a pris de court une partie de la classe politique congolaise et suscité de vives réactions dans la capitale. Lundi 13 octobre 2026, quelques jours après son adresse à la nation, Joseph Kabila Kabange a annoncé, depuis Goma, la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire lancé en présence des responsables de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 Mars (M23).
La composition de la nouvelle structure n’a fait qu’accentuer la controverse. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, deux figures de la rébellion, ont été désignés respectivement premier et deuxième vice-présidents du mouvement. Une annonce qui intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu et qui alimente les critiques contre l’ancien chef de l’État.
Au sein de l’Union sacrée de la nation, dans les milieux de la société civile et parmi une partie de la population, cette initiative est accueillie avec indignation. Pour ses détracteurs, l’annonce du FRN met en évidence une contradiction entre le discours de Joseph Kabila sur la crise congolaise et ses choix politiques.
Dans son adresse à la nation, l’ancien président avait dressé un tableau sombre de la situation du pays. La guerre dans l’est de la RDC, les pressions politiques, la corruption et les soupçons d’un projet de modification de la Constitution figuraient parmi les principaux sujets qu’il avait dénoncés.
Joseph Kabila avait alors promis de préciser, dans les jours suivants, sa position et les actions qu’il entendait entreprendre pour contribuer à résoudre les problèmes du pays.
Mais cette prise de parole n’avait guère convaincu les responsables de la majorité présidentielle. Des membres du gouvernement, des mandataires publics et plusieurs acteurs politiques proches du pouvoir avaient minimisé ses déclarations, les qualifiant de « non-événement ».
L’annonce du FRN change désormais la nature du débat. En officialisant la création d’une structure politico-militaire aux côtés des dirigeants de l’AFC-M23, l’ancien président place son initiative au cœur des interrogations sur l’évolution de la crise sécuritaire et sur ses propres ambitions politiques.
Mardi 14 octobre, une équipe de rédaction du journal Le Potentiel s’est rendue sur le terrain afin de recueillir les réactions des habitants de Kinshasa. Les témoignages recueillis traduisent une inquiétude face aux conséquences possibles de cette annonce, mais aussi une forte désapprobation de la démarche de l’ancien président.
Pour Jason Bongonda, membre du Parlement debout de Saint-Gabriel, à Yolo, cette initiative ne devrait toutefois pas conduire à céder à la panique.
« Nous n’avons pas du tout apprécié son allocution. Mais je vous assure que malgré la création de ce mouvement politico-militaire, rien de grave ne va aboutir pour déstabiliser le pays. Les Congolais sont vigilants et restent derrière le Chef de l’État », a-t-il déclaré.
Un avis qui contraste avec celui de Christ Ekoko, notable de Kalamu et jeune leader, qui dit avoir accueilli la nouvelle avec tristesse. Pour lui, le rapprochement affiché entre Joseph Kabila et les responsables de l’AFC-M23 constitue une profonde déception.
« C’est vraiment regrettable de voir un ancien Chef de l’État s’allier aux rebelles de l’AFC-M23, c’est une grosse déception. Dans son discours, il dit vouloir la paix d’une part, et d’autre part il orchestre le chaos en créant un mouvement rebelle et en coopérant avec ceux qui ont pris les armes et tué des Congolais. En agissant ainsi, Joseph Kabila nous a révélé sa vraie identité et il donne raison au Chef de l’État Félix Tshisekedi lorsqu’il disait que Kabila est le parrain de l’AFC-M23. »
Au-delà des réactions recueillies dans les rues de Kinshasa, la création du FRN risque de durcir davantage les rapports entre l’ancien président et les autorités en place. Alors que la guerre se poursuit dans l’est du pays, l’apparition d’un mouvement politico-militaire porté par Joseph Kabila et associé aux responsables de l’AFC-M23 ouvre une nouvelle séquence dans la crise politique congolaise.
Pour ses opposants, cette initiative conforte les soupçons d’une implication de l’ancien chef de l’État dans la déstabilisation du pays. Ces accusations, qui alimentent déjà les affrontements politiques entre le camp présidentiel et ses adversaires, prennent une nouvelle dimension avec l’annonce faite à Goma.
Reste à savoir quelle sera la portée réelle du FRN, quelles actions il entend mener et quelles conséquences sa création aura sur la situation sécuritaire et politique de la RDC. Une chose est certaine : en choisissant de lancer ce mouvement dans un contexte de guerre, Joseph Kabila s’expose à une nouvelle vague de critiques et place son retour sur la scène politique au centre d’une controverse nationale.