Face à Kabila, la fermeté sans surenchère de Nicolas Kazadi (Tribune)

Nicolas Kazadi pose les exigences d’une paix durable
Alors que les réactions se durcissent, le député national ramène le débat aux conditions de la réconciliation. Dans une RDC engagée par les accords de Washington, sa réponse articule défense de la souveraineté, ouverture au dialogue et refus de récompenser le recours aux armes.
Le discours du 9 octobre de Joseph Kabila a provoqué une succession de répliques au sein de la majorité. Jean-Pierre Bemba a qualifié l’ancien président d’« imposteur » et d’« usurpateur », contestant sa légitimité électorale et dénonçant son bilan. Augustin Kabuya a poussé l’avertissement jusqu’à évoquer pour Kabila une fin semblable à celle de Jonas Savimbi, le chef rebelle angolais tué en 2002.
Patrick Muyaya et Jean-Pierre Lihau ont mis en cause les liens de Kabila avec la rébellion. Peter Kazadi lui a imputé la responsabilité de la guerre, tandis que Doudou Fwamba a répondu sur le terrain économique en défendant le bilan du pouvoir actuel.
Dans cette confrontation, Nicolas Kazadi développe une réponse centrée sur l’issue du conflit. Sa fermeté envers l’ancien président s’accompagne d’une question : comment reconstruire la paix sans perpétuer les mécanismes qui rendent la guerre politiquement profitable ?
L’ancien ministre des Finances reproche à Kabila son silence sur l’AFC/M23 et le soutien rwandais, alors qu’il s’affiche, souligne-t-il, aux côtés des rebelles. Il y voit une contradiction avec sa prétention à défendre la souveraineté du Congo.
L’angle le plus distinctif de la réaction de l’honorable Nicolas Kazadi est de préciser les conditions politiques de la paix : dialoguer et coopérer avec le Rwanda, sans transformer la rébellion en droit d’accès au pouvoir
Cette perspective de paix et coopération avec Kigali ne sera possible que lorsque le Rwanda respectera notre souveraineté. Le rapprochement engagé au début de la présidence de Félix Tshisekedi montre, rappelle-t-il, que les blessures du passé n’interdisent pas la coopération.
Cette distinction prend un relief particulier avec les engagements de Washington de juin et décembre 2025. Ceux-ci inscrivent les deux États dans une démarche de paix et de coopération dont la mise en œuvre reste déterminante. Pour Kazadi, cette démarche ne doit pas devenir le moyen de récompenser ceux qui alimentent la guerre.
Sa référence à la période 1996–2006 et aux compromis de Sun City porte précisément sur ce risque : faire du partage du pouvoir la contrepartie récurrente de la violence. Le dialogue doit réconcilier les Congolais, sans transformer un appui militaire étranger en droit de gouverner.
Il applique la même exigence au débat intérieur. Les controverses sur les bilans ne sauraient justifier l’agression. Le respect de la Constitution s’impose également à ceux qui l’invoquent contre le pouvoir tout en prétendant le conquérir par les armes.
La portée de cette réaction tient à son attention aux conditions de l’après-guerre. La paix exige des engagements respectés, une souveraineté restaurée et une confiance à reconstruire. Kazadi en formule ainsi le préalable politique : « L’inclusivité ne dispense personne de renoncer à la violence ni de respecter la souveraineté nationale. »
Nicolas Kazadi termine son message par quelque chose qui ressemble à un avertissement : Le temps est le meilleur juge : il finit toujours par révéler la différence entre servir son pays et se servir de lui. Il sera plus facile de faire la paix avec un ennemi extérieur qui respecte enfin notre souveraineté que de rétablir la confiance avec ceux qui l’ont gravement trahie de l’intérieur. Une autre façon de dire ce que disent les kinois de manière plus triviale : « mieux vaut ennemi que traître »