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"On voit qu'il y a une hypocrisie internationale autour de l'Afrique", Dussey

DW Afrique · 9 septembre 2026 · Source originale

Cette initiative, portée par le Togo, au nom de l'Union africaine, vise à corriger la carte du monde classique, afin de promouvoir une représentation plus fidèle des proportions réelles des continents – et notamment celles de l'Afrique. Et le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, est notre invité ce matin. Il est interrogé ar Jean-Claude Abalo, notre correspondant à New-York.

DW : Monsieur le ministre, Bonjour. Pourquoi fallait il une résolution des Nations Unies pour porter l'initiative "Correct the Map", est-ce vraiment nécessaire alors qu'il s'agit en apparence d'une question de cartographie ?

Robert Dussey : C'est une résolution qui est importante pour le continent africain parce que comme vous le saviez, depuis le 25 mars passé, il y a une résolution sur les réparations que le Ghana a fait, introduit. Et "Correct the map" est comme une des actions importantes qui va dans le sens de la de la réparation dont demandent les populations africaines et tout le continent africain en général. Parce que il suffit de voir la carte du monde. Quand on voit la carte du monde avant cette résolution, on a l'impression que l'Afrique est un petit continent.

D'abord, certains pensent que l'Afrique est un pays, ce qui est faux. l'Afrique est un continent et l'Afrique,  sur par exemple, la projection de Equal Earth fait quatorze fois plus que le Groenland, alors que sur la projection Mercator que nous connaissons, qu'on enseigne à tous nos enfants dans les universités, dans les écoles, nous mêmes nous avons appris ça. On a l'impression que l'Afrique est le Groenland ont la même superficie. Donc, cette résolution, elle est importante en termes de réparation pour la dignité des populations et des peuples africains.

DW : Justement, derrière cette carte, quel est le véritable enjeu? "Correct the map", est-ce finalement une bataille politique et géopolitique pour changer la manière dont le monde perçoit l'Afrique?

Robert Dussey : En vérité, il y a beaucoup d'enjeux derrière cette résolution. Le premier enjeu est d'abord éducationnel, comme vous dites. Donc il faut corriger dans nos livres d'histoire et particulièrement nos livres de géographie, cette mauvaise vision qu'on a fait divulguer.

Mais pour la correction, corriger les livres, ça veut dire qu'il faut changer tous les livres de géographie. Donc c'est beaucoup de moyens financiers qu'il faut mettre à l'œuvre.

Deuxièmement, cette résolution aussi est importante et a changé beaucoup de choses parce que beaucoup de gens ne le savent pas. Vous aviez par exemple Google Maps, vous avez GPS, toutes ces plateformes numériques qui parlent du monde, etc. Se sont calqués que sur la projection Mercator. Donc ces plateformes sont obligées de changer. C'est d'ailleurs pour cette raison que beaucoup de certains pays qui abritent le siège de ces organisations et de ces grandes sociétés internationales, sont réticents à voter ou à soutenir cette projection parce que ça va engendrer beaucoup de frais, beaucoup de moyens financiers pour ces organisations, mais au delà de ces moyens financiers, a engendré, etc. Nous pensons que de manière symbolique qu'il faut le faire, mais bien sûr qu'après nous allons mettre en place, il y aura un comité de suivi et on verra ce qu'on va faire ensemble pour à la fois travailler avec les privés qui sont à la tête de ces compagnies privées et  également les États pour corriger au niveau de l'éducation et dans nos livres de géographie.

DW : Vous êtes vous même universitaire et académicien. Cette adoption par l'ONU doit donc avoir une résonance particulière pour vous. Que ressentez vous aujourd'hui après ce vote historique?

Robert Dussey : Nous ressentons un sentiment de fierté après l'adoption de cette résolution.

Parce qu'enfin, l'Afrique est en train de se battre pour retrouver sa place dans le concert des nations. La place qui est réservée à l'Afrique jusqu'à ce jour est injuste. Elle ne répond pas à la représentation réelle de l'Afrique, ni sur un plan historique, ni sur un plan géographique, ni sur un plan économique. Et ce n'est pas normal que, au Conseil de sécurité des Nations unies, l'Afrique n'ait pas de siège permanent depuis plus de quatre décennies. l'Afrique est en train de demander d'avoir un siège permanent, deux sièges permanents et les P5, Les cinq pays membres permanents ne veulent pas. On voit qu'il y a une hypocrisie internationale autour de l'Afrique et désormais, les Africains, les leaders politiques africains sont en train de prendre leurs responsabilités pour réclamer ce qui leur est dû. Et si nous ne le faisons pas, les populations vont les réclamer elles mêmes et nous préférons le faire afin d'éviter qu'il y ait une révolution, une révolte de nos populations contre les populations du Nord. C'est pourquoi nous prenons cette initiative.