CongoNews

Les silences du discours de Joseph Kabila

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 9 octobre 2026 · Source originale

Joseph Kabila dresse un réquisitoire détaillé contre Kinshasa, mais laisse Kigali en dehors de ses accusations explicites. Dans son message aux Congolais, l’ancien président reproche au pouvoir de prolonger le conflit pour des intérêts politiques. Il cite les Wazalendo, les FDLR et les manquements qu’il attribue aux autorités congolaises, sans jamais désigner le Rwanda, son armée, le M23 ou l’Alliance Fleuve Congo. Cette différence de traitement place les responsabilités du pouvoir congolais au premier plan et laisse dans l’ombre celles de ses adversaires armés. Selon lui, le pouvoir a fait le choix, « politiquement intéressé », de poursuivre une guerre qu’il ne semble avoir « ni la volonté ni les moyens de gagner ». Pour soutenir cette accusation, il évoque le non-respect du cessez-le-feu de Doha, la collaboration avec des groupes armés, leur approvisionnement en armes et les bombardements de populations civiles. Ces faits sont présentés comme les manifestations d’une volonté de Kinshasa de prolonger la crise, sans que le discours examine les opérations ou les obligations des forces qui lui font face. Des accusations précises contre Kinshasa, des adversaires sans nom La précision du vocabulaire est révélatrice. Kabila parle des « Mai-Mai rebaptisés Wazalendo » et cite expressément les FDLR. Lorsqu’il évoque les interlocuteurs militaires du gouvernement, il emploie en revanche la formule générale des « autres parties belligérantes ». Le M23 disparaît ainsi derrière une catégorie anonyme, tandis que le Rwanda n’est pas mentionné. Ce contraste affaiblit la portée de son diagnostic : les décisions contestables de Kinshasa peuvent être examinées sans effacer la responsabilité des acteurs qui combattent l’État congolais. Le Conseil de sécurité a pourtant formulé des exigences précises. Dans sa résolution 2773, adoptée le 21 février 2025, il demande aux forces rwandaises de cesser leur soutien au M23 et de se retirer immédiatement du territoire congolais, sans condition. Il exige également que le M23 cesse les hostilités, quitte les zones qu’il contrôle et démantèle ses administrations parallèles. Le même texte demande l’arrêt du soutien des forces congolaises aux FDLR. Le cadre international met donc en cause plusieurs acteurs, là où le discours de Kabila concentre ses accusations sur Kinshasa. L’ancien président réclame néanmoins le retrait de « toutes les troupes étrangères du territoire national » et la neutralisation de tous les groupes armés. Cette position doit être relevée : il serait inexact d’affirmer qu’il ne demande aucun retrait. Mais elle reste générale. Elle ne s’accompagne ni d’une condamnation explicite de l’intervention rwandaise ni d’un appel nommément adressé au M23 pour qu’il abandonne les territoires contrôlés. La responsabilité de Kigali se trouve ainsi diluée dans une exigence collective, tandis que celle de Tshisekedi fait l’objet d’un réquisitoire circonstancié. Un silence à confronter au propre dossier de Kabila Cette omission prend un relief particulier au regard des sanctions américaines visant l’ancien président. Le 30 avril 2026, l’OFAC a sanctionné Joseph Kabila pour son soutien au M23 et à l’AFC. Cette décision administrative, distincte d’un jugement pénal, rattache explicitement l’ancien chef de l’État aux deux organisations. Elle interdit de lire son intervention comme celle d’un observateur extérieur au conflit : son propre rôle est mis en cause par Washington, alors que son discours ne répond pas à cette décision. Kabila a également été condamné à mort par contumace en septembre 2025 dans une affaire portant sur son soutien présumé à la rébellion ; il nie les faits et dénonce une justice politisée. Ces éléments ne suffisent pas à établir les intentions derrière chaque omission de son discours. Ils rendent toutefois nécessaire l’examen de sa propre responsabilité. En accusant précisément Kinshasa tout en laissant Kigali et le M23 sans nom, l’ancien président propose une lecture sélective de la guerre, qui minimise la place de l’intervention rwandaise dans le péril national qu’il dénonce. Odon Bakumba The post Les silences du discours de Joseph Kabila appeared first on BETO .

En clairPolitique

Les silences du discours de Joseph Kabila — CongoNews