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Accusations de pollution, soupçons de fraude… : Perenco sous pression en RDC

Mediacongo · Boaz Kabeya · 8 octobre 2026 · Source originale

Perenco fait face à une pression croissante en République démocratique du Congo, où ses activités pétrolières à Muanda sont examinées à la fois sous l’angle environnemental et sur celui de la production, des exportations et des flux financiers. Unique opérateur pétrolier actuellement producteur dans le pays, le groupe franco-britannique est au centre de deux audits commandés par l’État et de mesures destinées à renforcer le contrôle de la filière.

Commandé fin 2024 par le ministère des Hydrocarbures, l’audit environnemental des activités de Perenco livre ses conclusions préliminaires. Selon des éléments communiqués par le ministère des Hydrocarbures à Reuters, l’audit a identifié des pollutions attribuables aux activités pétrolières terrestres et en mer de Perenco dans la région de Muanda. Le ministère fait notamment état d’impacts négatifs sur les sols et la qualité de l’air, en particulier en raison du torchage de gaz à proximité de zones habitées. Des analyses d’eaux souterraines se poursuivaient encore afin de déterminer l’étendue d’une éventuelle contamination et les risques pour les populations.

Ces constatations restent provisoires : le rapport définitif de l’audit n’a pas encore été publié et aucune date de clôture n’a été annoncée. Le ministère a toutefois indiqué qu’il entendait établir les responsabilités et, le cas échéant, réclamer des mesures de dépollution et appliquer les sanctions prévues par la législation congolaise.

Des contaminations déjà relevées dans un audit confidentiel

Les premières déclarations publiques du gouvernement interviennent après la révélation, en juin 2026 par Africa Intelligence, d’un rapport confidentiel réalisé dans le cadre des investigations commandées par Kinshasa.

Selon ce document consulté par le média, les auditeurs ont effectué des prélèvements sur près d’un quart des puits de la zone et analysé 124 échantillons de sols ainsi qu’une vingtaine d’échantillons d’eau prélevés notamment dans des marécages et un cours d’eau. Les analyses auraient relevé des concentrations anormalement élevées d’hydrocarbures et de métaux lourds dans les sols, tandis que les échantillons d’eaux de surface examinés auraient révélé une contamination aux hydrocarbures.

Les auditeurs décrivent également des débordements de pétrole autour de têtes de puits, des écoulements lors d’opérations de maintenance et des fosses de torchage contaminées laissées à l’air libre. Ils relèvent que certains sols sont directement en contact avec du pétrole brut et que les pluies peuvent favoriser sa dispersion.

Le rapport cité par Africa Intelligence estime à environ 100 millions dollars les travaux nécessaires pour rendre les puits conformes et limiter de nouvelles contaminations, auxquels s’ajouteraient 75 millions dollars pour mettre les installations de tuyauterie aux normes et réduire les fuites. Une cessation de l’exploitation accompagnée d’un démantèlement, du bouchage des puits, de la restauration de la végétation et de la dépollution des sols est évaluée à environ 350 millions dollars. Le traitement des eaux et nappes phréatiques n’avait, lui, pas été chiffré.

Ces estimations ne constituent pas, à ce stade, une facture imposée à Perenco. Elles proviennent d’un document d’audit non publié officiellement et doivent encore être replacées dans les conclusions définitives du processus gouvernemental.

HRW documente torchage, fuites et proximité avec les populations

La pression s’est accentuée le 27 juillet avec la publication d’une enquête de Human Rights Watch. L’organisation affirme avoir interrogé 45 personnes en janvier 2026 — habitants, travailleurs du secteur pétrolier, professionnels de santé, représentants de l’État et experts — et analysé des images satellitaires ainsi que des photographies et vidéos géolocalisées.

HRW dit avoir identifié des activités de torchage sur cinq sites entre janvier 2025 et mars 2026. Dans le nord-est de Muanda, l’un des sites se situerait à moins de 80 mètres d'habitations, tandis qu’une grande partie de la population de la concession vit à moins de cinq kilomètres de l’un des principaux sites identifiés. L’organisation précise toutefois qu’elle n’a pas pu calculer les volumes de gaz brûlés en raison des limites des données satellitaires disponibles.

Elle rapporte également avoir observé des têtes de puits présentant des traces apparentées à des résidus pétroliers et des pipelines montrant des signes d’érosion, certains traversant ou longeant des villages, terres agricoles et cours d’eau. Ces observations sont complétées par des témoignages d’habitants et de travailleurs faisant état de fuites ou de ruptures.

L’enquête de HRW ne démontre toutefois pas, à elle seule, que les troubles sanitaires rapportés par les habitants ont été causés par les activités de Perenco. L’organisation parle de risques sanitaires et s’appuie notamment sur des témoignages, des observations de terrain et des études antérieures.

Perenco rejette ces conclusions. À Reuters, le groupe a estimé que les accusations de pollution de l’air, de l’eau et des sols n’étaient pas étayées par des preuves techniques pouvant être vérifiées de manière indépendante et a jugé prématuré de tirer des conclusions définitives avant la publication de l’audit gouvernemental.

Dans ses réponses à Human Rights Watch, l’entreprise affirme avoir placé l’intégrité de ses infrastructures et la prévention des pollutions au cœur de ses opérations. Elle indique avoir investi plus de 100 millions de dollars depuis 2021 dans la maintenance et le renouvellement de ses infrastructures et avoir démantelé 35 kilomètres de pipelines terrestres. Perenco affirme également avoir définitivement éteint 220 points de torchage et poursuivre avec les autorités congolaises l’étude de solutions permettant de valoriser le gaz et de réduire davantage cette pratique.

Le groupe invoque par ailleurs d’autres sources possibles de pollution dans la région, notamment le lavage de véhicules dans les cours d’eau, le vandalisme et le sabotage de ses installations ainsi que le trafic informel de carburant entre la RDC et l’Angola.

Un deuxième front sur la production et les flux financiers

Les préoccupations de Kinshasa ne se limitent pas à l’environnement. L’audit commandé en 2024 comporte également un volet sur les aspects techniques et opérationnels, les flux financiers, la situation fiscale et les versements effectués à l’État central, au Kongo Central et aux communautés locales.

Les autorités congolaises s’interrogeaient notamment sur le niveau de production déclaré par l’opérateur, historiquement situé autour de 20 000 à 25 000 barils par jour. Le rapport ITIE publié en 2024 signalait notamment un écart de 972 000 barils entre différentes sources sur la production pétrolière de 2022 ainsi qu’un écart supérieur à 200 millions dollars entre les exportations déclarées par la RDC et les importations enregistrées par ses principaux partenaires commerciaux.

Ces interrogations ont déjà conduit le gouvernement à durcir le contrôle des exportations pétrolières en juin 2025. Le Conseil des ministres, tenu ce mois, a notamment pris acte d'une interdiction d'affréter des pétroliers figurant sur des listes noires internationales et d'un projet de modernisation du terminal pétrolier de Muanda, avec pour objectif d'améliorer la traçabilité des volumes exportés.

Opérateur stratégique pour la production congolaise

Cette pression intervient alors que Perenco conserve une position déterminante dans le secteur pétrolier congolais. HRW la présente comme le seul opérateur pétrolier producteur du pays, actif à terre et en mer sur le littoral du Kongo Central.

Cette position rend le dossier particulièrement sensible pour Kinshasa : les autorités cherchent simultanément à accroître la production nationale, améliorer la collecte des recettes pétrolières et renforcer les exigences environnementales.

Le gouvernement a parallèlement engagé une révision du cadre juridique des hydrocarbures, avec l'objectif annoncé de revoir notamment la fiscalité, les procédures d’attribution des droits, la transparence et les dispositions environnementales.

Pour Perenco, la séquence ouverte par les audits dépasse donc désormais la seule controverse environnementale. L’entreprise doit répondre à des constatations de pollution présentées comme préliminaires par l’État, à une pression accrue sur la transparence de ses opérations et à des interrogations persistantes sur la production et les flux du secteur.

La publication des conclusions définitives des audits sera déterminante : elle devra établir l’ampleur des pollutions attribuables aux opérations pétrolières, préciser les responsabilités éventuelles et permettre de distinguer, sur le volet économique, les anomalies statistiques des éventuels manquements effectivement démontrés.

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