Orpaillage en Côte d'Ivoire : quel impact sur la production de cacao ?

Dans la région d'Ayamé, dans le sud-est de la Côte d'ivoire , à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Ghana , de plus en plus de travailleurs délaissent les champs de cacao pour les sites d'extraction d'or , attirés par des revenus plus importants.
Résultat : certains producteurs peinent à entretenir leurs plantations et à récolter leurs fèves. À Ayamé, le cacao manque de bras.
‘' Ce n'est qu'hier que le producteur m'a fait sortir 75 kilos. Et quand vous prenez 75 kilos, ça fait à peu près combien ? 75 kilos multipliés par 1 200, ça fait environ 90 000 francs. On divise par deux, chacun 45 000 francs, si le calcul est bon. ''
Cette répartition est faite par Alexis Amadi, producteur de cacao , avec le dernier ouvrier resté avec lui, après la vente de la production de ses six hectares de cacao.
C'est ce faible revenu semestriel qui pousse, dans la région d'Ayamé, les travailleurs à déserter les plantations pour rejoindre les sites d'extraction d'or.
Ces employés sont attirés par la perspective de revenus plus importants. C'est ce qu'explique Alexis Amadi, producteur de cacao qui a vu quatre de ses cinq ouvriers l'abandonner.
Selon lui‘' ils préfèrent aller se débrouiller ailleurs" . Une situation qui pour le producteur agricole " n'est pas facile "car selon lui "à cause de ça, la production souffre. Et financièrement, ce n'est pas trop ça. Avant, déjà, ce n'était pas ça. Aujourd'hui, il n'y a plus les manœuvres. Donc, c'est un peu compliqué pour nous.''
Avec le départ des ouvriers, de nombreux producteurs peinent à entretenir et à récolter leurs plantations. Le résultat est la chute de la production dans toute la région, explique Marie Virginie Kouadio, présidente d'une coopérative agricole, que nous avons rencontrée à Piste 4, à 18 kilomètres d'Ayamé.
‘' Comparativement à l'année 2025, la production a baissé parce qu'il n'y a pas de main-d'œuvre. Les jeunes, les vieillards même... Tout le monde est parti vers l'orpaillage. Ça nous pose énormément de problèmes '' explique un jeune de 24 ans, que nous avons choisi d'appeler Jean. Il a abandonné la plantation de cacao de sa grand-mère pour l'orpaillage. En seulement six mois d'activité, il est aujourd'hui propriétaire d'une moto, d'un terrain et d'une boutique. Pour Jean, l'orpaillage, c'est de l'argent vite gagné.
‘'J'ai arrêté de travailler avec ma grand-mère. Parce que l'argent ne circule pas trop dans le cacao. Quand j'ai laissé le cacao, je suis rentré dans l'orpaillage. Ça va mieux maintenant. Vrai, vrai... Là, l'argent est gagné en vitesse, ça circule beaucoup par rapport au cacao'' précise-t-il.
Derrière la ruée vers l'or, une autre menace se dessine : la pollution de l'eau par l'orpaillage . Ce qui a des conséquences graves sur la pêche et l'agriculture.
C'est dans un champ de maïs d'Akressi, situé à six kilomètres d'Ayamé, que nous avons croisé Seydou Kindo. Ce producteur de cacao, de palmier à huile et d'hévéa, a récemment planté un hectare et demi de maïs.
Mais son champ peine à produire à cause du sol pollué par les produits chimiques utilisés sur les sites d'orpaillage. Seydou Kindo ne peut que constater les dégâts.
‘' Deux mois après avoir semé ce maïs, le sol est tellement pauvre que le maïs est toujours comme cela. L'orpaillage fait que le sol est pauvre. Donc, si on ne trouve pas de solution, dans quelques années, on n'aura plus de nourriture' ' assure Seydou Kindo.
À Ayamé, le choix entre le cacao et l'or ne se résume donc plus à une simple question de métier. Pour les cacaoculteurs, il s'agit de préserver leurs plantations, de trouver de la main-d'œuvre et de maintenir une activité dont dépendent des milliers de familles.
Et derrière cette concurrence se pose une question plus large : combien de temps le cacao pourra-t-il résister à l'attrait de l'or ?