Controverse autour de l’initiative de l’Assemblée nationale pour « valoriser les réalisations sociales des députés dans leurs circonscriptions »

L’Assemblée nationale invite les députés nationaux à documenter, à l’aide de photos et de vidéos, les actions sociales, communautaires et humanitaires qu’ils réalisent dans leurs circonscriptions. L’initiative a été lancée à travers un communiqué du rapporteur de la Chambre basse du Parlement, publié lundi 5 octobre. Elle suscite une controverse au sein de l’opinion publique sur le rôle du député national, tel que régi par la Constitution, ainsi que sur le financement de ses actions sociales dans sa circonscription.
Face aux interrogations sur le financement des initiatives privées à caractère social, communautaire et humanitaire menées par les députés dans leurs fiefs électoraux, le rapporteur de la Chambre basse, Jacques Djoli Eseng’Ekeli, affirme qu’elles sont réalisées sans financement public ni appui du Bureau de l’Assemblée nationale.
Dans une interview accordée mardi 6 octobre à Radio Okapi, Jacques Djoli explique que la démarche concerne notamment des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures ou encore de l’accès à l’électricité.
L’objectif, selon le rapporteur de l’Assemblée nationale, est de donner de la visibilité aux actions menées par les élus au profit de leurs communautés.
Cette initiative suscite cependant des interrogations, notamment sur l’origine des moyens utilisés pour financer ces réalisations. Certains citoyens évoquent la possibilité que des fonds publics soient mis à la disposition des élus pour intervenir directement dans leurs circonscriptions.
Jacques Djoli Eseng’Ekeli rejette cette interprétation. Il assure que les actions recensées ne bénéficient d’aucun financement public de l’Assemblée nationale et qu’elles relèvent plutôt d’initiatives personnelles des députés.
Une fonction parlementaire confrontée aux réalités sociales
La Constitution congolaise définit pourtant clairement les principales missions du Parlement. Son article 100 indique que celui-ci vote les lois et contrôle le Gouvernement, les entreprises publiques ainsi que les établissements et services publics. L’article 101 précise que le député national représente la Nation.
Pour certains observateurs, il ne revient pas aux députés d’exécuter des actions de développement au sein de leurs communautés, cette responsabilité étant dévolue au pouvoir exécutif.
Jacques Djoli Eseng’Ekeli souligne, pour sa part, que le député congolais fait face à des attentes qui dépassent largement ses attributions institutionnelles.
Selon lui, les élus sont régulièrement sollicités par leurs bases pour le paiement des frais de scolarité ou d’études universitaires, la prise en charge de funérailles, le logement d’étudiants ou encore différentes interventions à caractère social.
« Le député congolais n’est pas un député classique du droit constitutionnel occidental. C’est un député qui est un acteur social totalement engagé », affirme-t-il.
Le rapporteur évoque également des députés qui réalisent des ouvrages ou recherchent des partenariats afin de répondre à certains besoins de leurs circonscriptions, notamment en matière d’électricité.
Pour Jacques Djoli, ces interventions constituent des sacrifices personnels consentis par les élus et méritent, à ce titre, d’être portées à la connaissance du public.
Entre mandat constitutionnel et attentes de la base
La démarche de l’Assemblée nationale met ainsi en lumière une réalité particulière de la représentation politique en RDC : à côté de ses fonctions constitutionnelles de législation et de contrôle, le député est également confronté aux nombreuses attentes sociales de ses électeurs, explique Jacques Djoli.
Cette démarche pose également la question de la distinction entre les actions sociales menées à titre personnel par un élu et les politiques publiques qui relèvent des institutions de l’État.
En cherchant à documenter ces initiatives, l’Assemblée nationale entend ainsi mettre en valeur cette dimension sociale de l’action des députés, tout en précisant que les réalisations recensées ne sont pas financées par son budget.