Centrafrique : Claude utilisé pour surveiller l’opposition

Dans son dernier rapport sur les utilisations abusives de l’intelligence artificielle , l’entreprise américaine Anthropic affirme avoir découvert à Bangui , la capitale centrafricaine, un opérateur russophone utilisant son assistant IA, Claude, pour soutenir une opération d’influence pro-russe. Selon l’entreprise américaine, Claude servait notamment à produire des contenus diffusés par Radio Lengo Songo, une radio financée par la Russie , selon All Eyes on Wagner. Ces contenus étaient pro-russes, favorables au gouvernement centrafricain et aux mercenaires de l’Africa Corps , anciennement Wagner, mais critiques à l’égard de la France et de l’opposition.
Plusieurs personnalités politiques de l’opposition auraient été suivies régulièrement, et des informations les concernant étaient mises à jour à l’aide de l’assistant d’IA Claude.
Lou Osborn, membre de l’organisation , a participé aux travaux de recherche de ce rapport. Elle estime que ces méthodes s’inscrivent dans des pratiques déjà observées chez Wagner en République centrafricaine .
"Ils font ça depuis un certain nombre d'années maintenant. Par exemple, il y a eu quelques arrestations de personnalités qui ne sont pas nécessairement très alignées avec le régime de Touadéra et dont l'arrestation, en fait, a fait l'objet de campagnes en ligne dans les journaux, à la radio, pour les présenter comme étant soit des proxys de la France ou des services de renseignements occidentaux, soit en train de préparer un coup d'État contre Touadéra", explique la chercheuse.
Anthropic rapporte également qu’il aurait été demandé à Claude de présenter des opposants comme des militants armés, afin de provoquer une intervention des services de sécurité à leur encontre. Une demande que Claude aurait refusée.
Mentionnons tout de même que le rapport ne donne ni les noms des opposants surveillés, ni la nature exacte des données recueillies, et encore moins les destinataires de ces dossiers.
Pour l’opposition centrafricaine, les révélations d’Anthropic témoignent d’une volonté du pouvoir de Bangui et de ses alliés russes de se débarrasser des opposants.
"Nous l'avons constaté depuis 2020, avec l'attaque de la CPC (Coalition des patriotes pour le changement, un groupe rebelle, ndlr) sur Bangui. Plusieurs médias, curieusement, ont fait vraiment tout ce qu'ils pouvaient pour créer des supposés liens entre certains dirigeants de l'opposition et la CPC" , rappelle Martin Ziguélé, porte-parole du Bloc des républicains pour la défense de la Constitution et président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), rappelle le précédent de 2020.
L'opposant ajoute également qu' "il y a également eu les attaques contre l'opposition pour dire que nous sommes à la solde de l'étranger. Aussi, la tentative de faire passer une loi pour dire qu’il y a des agents de l'étranger dans le pays, et cætera... Tout cela provient du fonctionnement du groupe Wagner, et aussi cette dernière révélation."
Contacté, le représentant de la Mission russe en République centrafricaine, Dmitri Sytyi , évoque des "accusations vagues, sans précisions ni preuves".
La République démocratique du Congo , le Kenya, le Soudan et le Mali semblent aussi concernés.
En RDC, l’entreprise américaine Anthropic a recensé 318 articles publiés par un réseau d’environ 70 faux sites d’information, puis amplifiés par plus de 250 comptes fictifs sur X. Ces contenus soutenaient généralement les positions du gouvernement congolais , dans un contexte de conflit avec le Rwanda .
Au Kenya, Claude aurait été utilisé pour générer, par séries de 50, des messages favorables au pouvoir et hostiles à l’opposition. Au Soudan, l’IA aurait également été mobilisée dans le cadre d’une opération attribuée à des responsables émiratis, notamment pour préparer de faux témoignages destinés à l’Onu.
Quant au Mali , toujours selon le rapport d’Anthropic, un consultant lié aux services de renseignement aurait utilisé Claude pour concevoir une plateforme de surveillance des télécommunications couvrant 25 millions de cartes Sim, destinée à contourner l’obligation d’obtenir une autorisation judiciaire.
Anthropic affirme avoir détecté et interrompu ces différentes opérations entre décembre 2025 et août 2026, notamment en supprimant les comptes impliqués et en renforçant ses systèmes de détection.