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Tunisie : le défi de l’eau devient un enjeu majeur pour la croissance et l’emploi

Zoom Eco · Kiala Curnis · 26 septembre 2026 · Source originale

La pénurie d’eau s’impose désormais comme l’un des principaux risques structurels pesant sur l’économie tunisienne. Dans son dernier Bulletin de Conjoncture Économique pour la Tunisie, intitulé « Le défi de l’eau en Tunisie : de la pénurie à la résilience », la Banque mondiale estime qu’une gestion plus efficace de la ressource pourrait contribuer à préserver la croissance, soutenir l’emploi et renforcer la résilience de l’économie face au changement climatique. Après une croissance de 2,7 % en 2025, l’économie tunisienne a progressé de 2,4 % sur un an au premier semestre 2026, portée notamment par la reprise de l’agriculture, des industries mécaniques et électriques ainsi que du tourisme. La Banque mondiale table toutefois sur un ralentissement à 2,3 % pour l’ensemble de 2026, avant une croissance moyenne de 2,1 % en 2027-2028. Dans ce contexte de croissance modérée, la question hydrique apparaît comme un facteur déterminant des perspectives économiques du pays. Une ressource sous pression croissante La Tunisie dispose actuellement d’environ 380 m³ d’eau douce renouvelable par habitant et par an, un niveau qui se situe sous le seuil international de pénurie absolue d’eau. La progression de la demande, conjuguée aux effets du changement climatique, devrait accentuer la pression sur une ressource déjà limitée. La Banque mondiale met surtout en avant le coût économique potentiel de cette situation. Selon ses estimations, la pénurie d’eau pourrait entraîner une réduction de 6,4 % du PIB tunisien à l’horizon 2050 si aucune réponse suffisamment ambitieuse n’est mise en œuvre. L’agriculture figure parmi les secteurs les plus exposés. Elle représente environ 14 % de l’emploi total et peut concentrer jusqu’à la moitié des emplois dans les zones rurales. Dans un scénario marqué par une aggravation du stress hydrique et climatique, au moins 30 % des emplois agricoles pourraient disparaître d’ici le milieu du siècle, parallèlement à une baisse importante de la production. L’impact ne se limiterait toutefois pas au secteur agricole. Le tourisme, l’agro-industrie, l’industrie et, plus largement, toutes les activités fortement dépendantes de l’accès à l’eau seraient susceptibles d’être affectés. De la contrainte à l’investissement Pour la Banque mondiale, le défi hydrique constitue également une opportunité économique. Les investissements destinés à sécuriser l’approvisionnement en eau peuvent générer de l’activité et créer des emplois, tout en réduisant les risques auxquels sont exposées les entreprises et les ménages. Le programme RESEau, soutenu par le Groupe de la Banque mondiale, illustre cette approche. Sa première phase devrait générer environ 4.000 emplois permanents et 13.400 emplois temporaires, tout en renforçant la résilience du secteur de l’eau. L’enjeu est donc double : limiter les pertes économiques liées au stress hydrique et transformer les investissements dans l’eau en levier de développement économique. « La sécurité hydrique est fondamentale pour l’emploi et la croissance. Cependant, avec des politiques publiques, des institutions et des investissements adaptés, la Tunisie pourrait atténuer l’impact de la pénurie d’eau sur le niveau de vie des Tunisiens », souligne Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte. La récente amélioration des précipitations et des niveaux des barrages a offert un répit à court terme. Elle ne modifie cependant pas, selon la Banque mondiale, la nature structurelle du problème. Le pays devra notamment transformer en résultats concrets son Plan Eau 2050, qui prévoit des investissements de l’ordre de 900 millions de dollars par an jusqu’au milieu du siècle. Pour la Banque mondiale, les dépenses d’infrastructure devront être accompagnées de réformes institutionnelles et opérationnelles. L’objectif est notamment d’améliorer la gouvernance du secteur, sa viabilité financière et la performance des opérateurs de services. Plusieurs chantiers sont identifiés : modernisation du Code des Eaux, développement de la réutilisation des eaux usées traitées, amélioration du recouvrement des coûts, protection des ménages vulnérables, réduction des pertes dans les réseaux, digitalisation des services et amélioration de la gestion de l’irrigation. L’eau, un enjeu de compétitivité Au-delà de la seule question environnementale, la gestion de l’eau devient ainsi une question de compétitivité et de stabilité économique pour la Tunisie. La capacité du pays à garantir un accès fiable à l’eau conditionnera une partie de sa production agricole, mais aussi la continuité de nombreuses activités industrielles et touristiques. Elle aura également des conséquences sur l’emploi, les revenus ruraux et les finances publiques. Le message du rapport est donc clair : les épisodes de pluviométrie favorable peuvent réduire temporairement la pression, mais ils ne sauraient se substituer à une stratégie de long terme. Pour la Tunisie, la sécurisation de la ressource hydrique passe désormais autant par les infrastructures que par la réforme de la gouvernance, l’amélioration de la performance des réseaux et une gestion plus efficiente de la demande. À l’horizon 2050, la politique de l’eau pourrait ainsi devenir l’un des déterminants majeurs de la trajectoire de croissance tunisienne. Olivier KAFORO

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