Des milliers de livres anciens détruits pour entraîner les modèles d'IA : Amazon pris la main dans le sac grâce à un Airtag après une commande massive auprès d'un libraire

Pour réussir à entraîner leurs modèles d'intelligence artificielle, Amazon a acheté plus d'un millier de livres sur une place de marché. Des livres anciens qui sont détruits lors du processus.
C'est au tour d'Amazon d'être pris la main dans le sac en train d'acheter des livres anciens qui seront détruits après avoir été analysés. L'objectif est connu : entraîner les modèles d'intelligence artificielle.
Mais l'histoire est étonnante et est relatée dans une enquête de 404 Media. Elle raconte comment un libraire vendant ses livres sur la plateforme Biblio a reçu une commande d'un millier d'œuvres, alors que les acheteurs peuvent y être anonymes.
Un Airtag qui a permis de démasquer Amazon
404 Media a placé un Airtag d'Apple entre les pages de l'un des volumes, ce qui a permis de suivre le colis contenant les livres et découvrir qu'ils étaient désormais dans un entrepôt d'Amazon situé dans le Nevada. En son sein, des salariés du groupe doivent retirer les reliures des livres facilitant le scan, mais cela occasionne au passage leur destruction.
"Je travaille chez VGT3 ici à las Vegas, et tout ce que nous faisons, c'est scanner des livres," témoigne un salarié d'Amazon pour le média américain. "Certains sont affectés à la coupe des livres, et d'autres les réceptionnent avant de scanner leurs codes-barres. Nous n'avons pas d'objectifs, et ce n'est pas quelque chose de stressant."
Ironie de l'histoire, le logo de l'entrepôt représente un T-Rex se préparant à engloutir un livre, et celui-ci semble avoir été justement généré par intelligence artificielle. Dans un communiqué, Amazon n'a pas eu d'autres choix que de confirmer les faits : "Amazon achète des livres via des canaux commerciaux pour aider à développer et à améliorer les produits et services que nos clients utilisent." L'entreprise ne parle pas clairement d'une destruction pour entraîner l'IA.
Une question d'éthique plus que de droit d'auteur
Cette destruction, justement, n'est pas nouvelle. Mais elle a été largement médiatisée en juin 2026 lorsqu'Anthropic avait dû révéler qu'elle le faisait dans le cadre d'un procès pour violation de droit d'auteur. Un juge avait estimé que puisqu'il scannait les livres afin de les numériser, avant de détruire les copies originales, il n'était qu'un "transformateur" et ne violait donc pas la législation en la matière.
Mais la destruction de livres anciens et rares pose des questions éthiques. Si elles sont considérées comme "rares", les œuvres concernées n'ont donc que très peu d'exemplaires en circulation. Même s'il ne s'agit pas d'une "première édition", a force de manœuvrer dans ce sens, l'industrie de l'intelligence artificielle pourrait tout simplement réduire en miettes des décennies d'histoires.
Les libraires ne sont d'ailleurs pas dupes de ces pratiques : plusieurs d'entre eux ont témoigné auprès de 404 Media qu'ils pouvaient facilement traquer les entreprises y ayant recours grâce à des commandes massives, aléatoires et disposant d'un ISBN, un numéro d'identification unique.