RDC : Croissance, emploi et pauvreté à 69 %… la Banque Mondiale veut revoir sa stratégie

La rencontre, organisée dans le cadre de STAR RDC, un programme consacré à la stabilisation et au relèvement du pays, a réuni des représentants du gouvernement, dont trois membres de l’exécutif, ainsi que plusieurs secrétaires généraux. La séance était coordonnée par Brigitte Kapinga, coordonnateur général de STAR RDC.
Pour la Banque mondiale, le renouvellement du partenariat ne doit pas se limiter à la reconduction des programmes existants. Albert Zeufack, directeur des opérations de l’institution dans plusieurs pays, dont la RDC, a insisté sur la nécessité de concentrer les ressources disponibles sur les priorités les plus structurantes.
« Dans un pays comme la RDC, les besoins sont immenses et les ressources sont limitées », a-t-il rappelé, appelant à une meilleure hiérarchisation des interventions et à une approche moins fragmentée.
La réflexion engagée porte notamment sur la protection sociale, le développement du capital humain, les compétences, l’inclusion économique et l’emploi. L’ambition affichée est de renforcer les systèmes nationaux et locaux afin qu’ils puissent mieux absorber les chocs économiques, sociaux et sécuritaires.
Cette orientation intervient dans un contexte où la RDC demeure confrontée à d’importantes difficultés en matière d’accès aux services essentiels, de gouvernance, de développement humain et de stabilité, malgré des perspectives économiques liées notamment à son potentiel minier et à ses ressources naturelles.
Le paradoxe d’une croissance sans suffisamment d’emplois
Le principal constat dressé lors de la consultation tient dans un paradoxe : la croissance congolaise reste relativement élevée, mais son impact sur le niveau de vie des populations demeure limité.
Selon les données présentées par Albert Zeufack, la RDC enregistre depuis plus d’une décennie une croissance moyenne de 6,5 %, supérieure à la moyenne d’environ 4 % observée en Afrique subsaharienne. Mais cette performance repose largement sur l’activité minière, un secteur dont les effets sur la création d’emplois restent limités.
Le taux de pauvreté serait ainsi passé de 72 % en 2012 à 69 % en 2024. Dans le même temps, environ 40 % des jeunes seraient sans emploi.
« Cette croissance au Congo n’est pas inclusive, elle n’est pas génératrice d’emplois, elle n’est pas créatrice de prospérité », a résumé le responsable de la Banque mondiale.
Cinq obstacles principaux ont été identifiés : la diversification insuffisante de l’économie, le faible accès à l’électricité, les déficits en capital humain, les difficultés liées à la gouvernance et la persistance des conflits.
Avec un taux d’accès à l’électricité estimé à 21 %, le déficit énergétique demeure notamment un obstacle majeur au développement de l’activité économique, à la transformation numérique et à l’amélioration des services publics.
Le prochain CPF devra également tirer les enseignements du précédent cadre de partenariat, couvrant la période 2022-2026.
Albert Zeufack a qualifié les résultats obtenus de « modestes », tout en relevant plusieurs avancées dans les domaines du développement humain, de l’accès à l’eau et du financement des petites et moyennes entreprises.
Parmi les réalisations citées figurent notamment la gratuité de l’enseignement primaire ainsi que le projet KIN-ELENDA. Ce dernier aurait contribué à l’accès de plus de deux millions de personnes à l’eau potable dans la capitale.
La Banque mondiale reconnaît toutefois que les ambitions affichées ne se sont pas toujours traduites par une exécution à la hauteur des attentes. « la mise en œuvre n’a pas toujours suivi », a reconnu Zeufack.
L’institution affirme néanmoins avoir engagé des réformes pour accélérer la préparation de ses projets. Le délai moyen serait ainsi passé d’environ 24 mois à 12 mois.
Du côté du gouvernement congolais, le message est également celui d’une plus grande efficacité dans l’utilisation des financements et la mise en œuvre des projets.
Grégoire Mutshail, ministre du Développement rural et représentant du gouvernement à cette consultation, a appelé la Banque mondiale à poursuivre la réduction des délais administratifs.
« Vous avez dit qu’il y a des allègements jusqu’à 12 mois. Pourquoi ne pas aller à cinq mois ou trois ? », a-t-il lancé.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de mieux intégrer les territoires ruraux dans les futurs programmes, tout en plaidant pour un accroissement du portefeuille d’intervention de la Banque mondiale en RDC, qu’il estime à près de 8 milliards de dollars.
La question de l’adéquation entre les formations et les besoins du marché du travail a également été soulevée. Grégoire Mutshail a notamment évoqué l’Académie Inga, dont le financement par la Banque mondiale est annoncé à hauteur de 27 millions de dollars. Il souhaite que cette initiative soit davantage articulée aux besoins des coopératives et des populations rurales.
Derrière la préparation du CPF 2027-2036 se dessine donc une volonté de modifier la manière dont les interventions sont conçues et exécutées en RDC.
La Banque mondiale entend privilégier des programmes davantage coordonnés, notamment autour du « corridor de la paix », tout en renforçant les capacités des institutions congolaises chargées de mettre en œuvre les projets.
Le défi sera désormais de transformer une croissance encore fortement dépendante des ressources minières en une dynamique capable de créer davantage d’emplois, de réduire durablement la pauvreté et d’améliorer l’accès aux services essentiels.
À travers cette nouvelle feuille de route, l’enjeu pour Kinshasa comme pour la Banque mondiale dépasse ainsi la seule mobilisation de financements. Il s’agit de déterminer comment les ressources disponibles peuvent produire des résultats plus rapides, plus visibles et surtout plus durables au cours de la décennie 2027-2036.