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Etrangers en Saxe-Anhalt : "Notre place est ici !"

DW Afrique · Silja Fröhlich · 3 septembre 2026 · Source originale

Les élections régionales du 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt pourraient marquer un tournant historique . Pour la première fois, l'Alternative pour l'Allemagne ( AfD ) pourrait devenir la première force politique dans un Land allemand.

L'AfD, parti d'extrême-droite , et sa tête de liste, Ulrich Siegmund , arrivent actuellement en tête dans les sondages avec plus de 40 % des intentions de vote, loin devant les chrétiens-démocrates de centre-droit (CDU) du chancelier fédéral Friedrich Merz, qui recueillent environ 24 %.

L'AfD défend une politique d'immigration restrictive, axée sur une réduction drastique du nombre d'étrangers (hors UE) autorisés, le renforcement des expulsions et la promotion de ce que le parti appelle la « remigration », sans bien préciser ce qu'elle entend par là. L'AfD met aussi l'accent sur la souveraineté nationale, l'identité culturelle et les valeurs familiales dites « traditionnelles ».

Pour de nombreuses personnes issues de l'immigration, ce scrutin représente donc bien plus qu'un simple choix d'orientation politique.

Mundaw, originaire de Gambie (nous avons changé son nom pour la protéger), redoute les conséquences des prochaines élections.

Elle met en garde contre le fait que le climat actuel en Saxe-Anhalt « conduit à davantage de racisme », tout en soulignant : « Je crois en une société sans frontières, dans laquelle personne ne doit fuir par crainte pour sa survie. » Quelle que soit l'issue des élections, Mundaw n'envisage pas de quitter la Saxe-Anhalt, « même s'il faut certainement prévoir un plan B ».

Awet Tesfaiesus, députée au Bundestag pour Alliance 90/Les Verts, comprend les préoccupations de Mundaw. Elle-même née en Érythrée, l'élue déclare à la DW que cette élection « n'est pas une élection comme les autres pour les personnes noires et les autres personnes racisées ».

« Lorsque les positions racistes et nationalistes gagnent du terrain, la question qui se pose concrètement pour ces personnes est la suivante : dans quelle mesure puis-je me sentir en sécurité ici, et serai-je reconnu.e comme faisant évidemment partie de cette société ? », explique Awet Tesfaiesus.

Karamba Diaby a quant à lui été membre du Bundestag allemand de 2013 à 2025, élu du parti social-démocrate.  Né au Sénégal, il vit depuis plusieurs décennies en Saxe-Anhalt et fait part à la DW de son inquiétude croissante.

"Lorsque je me rends dans des classes ou que je rencontre des associations de migrants, j'entends sans cesse, surtout de la part des plus jeunes, la même question : Pouvons-nous rester dans ce pays ?" Pour Diaby, la réponse est claire : "Bien sûr que tu peux rester ici."

"Je ne suis pas du genre pessimiste et je ne vais pas jusqu'à dire que je quitterai ma région si une telle majorité venait à voir le jour", explique l'ancien député. Pour lui, "ce serait la dernière chose à faire".

Dans les discussions sur les élections régionales en Saxe-Anhalt, aucun nom de parti n'est cité aussi souvent que celui de l'AfD. Ce parti d'extrême droite a réussi à monopoliser l'attention, en polarisant le débat public.

L'AfD réclame une "offensive en matière d'expulsion et de remigration", sans toutefois définir clairement ce qu'elle entend par "remigration".

Ce terme est politiquement controversé et est généralement associé à des propositions visant à encourager activement le départ de certains groupes de migrants et d'étrangers, parallèlement à l'expulsion des personnes sans titre de séjour légal.

Dans le programme électoral de l'AfD, le terme de "remigration" n'est pas utilisé uniquement en référence aux immigrés. Un programme est également proposé pour encourager les travailleurs qualifiés allemands qui ont émigré à l'étranger à revenir en Allemagne.

Pour de nombreuses personnes concernées, cela suscite un sentiment d'insécurité.

Dans un reportage de la chaîne MDR, Batoul Nayouf, du Réseau régional des organisations de migrants de Saxe-Anhalt (Lamsa), décrit l'ambiance en ces termes : "Nos valises sont prêtes".

Amidou Traoré ne veut pas se laisser déstabiliser par une éventuelle victoire de l'AfD. Conseiller en intégration et élu municipal à Magdebourg (SPD), originaire de Côte d'Ivoire, il déclare à la DW qu'il est "tout à fait serein".

Selon lui, "tout le monde sait que l'AfD est un parti qui prône la haine et l'incitation à la haine, et ceux qui, comme moi, s'y opposent, essaient de garder leur calmet.

Tout comme Amidou Traoré et Karamba Diaby, de nombreux membres de la communauté africaine de Saxe-Anhalt s'engagent activement dans la vie citoyenne. Ils voient dans les associations, les entreprises, les paroisses ou les conseils municipaux une occasion de mieux défendre leur point de vue, que ce soit sur des thèmes tels que le travail, l'éducation ou le débat sur l'immigration.

Or, nombre de ces domaines sont étroitement liés.

La question de l'égalité des chances joue un rôle tout aussi important dans le système éducatif que la gestion de la diversité dans la société.

Autant de raisons qui poussent Amidou Traoré à se montrer combatif : "Une démocratie forte n'a pas besoin d'une politique qui monte les gens les uns contre les autres, mais de solutions pour tous les citoyens et toutes les citoyennes, indépendamment de leur origine, de leur religion ou de leur milieu social."

Il poursuit : "Nous sommes là pour contribuer à façonner la vie, dans le respect, la dignité humaine et l'égalité. Si un parti tente de détruire cela, alors il est temps pour nous de nous battre et de dire que nous avons, nous aussi, notre place dans ce pays."

En Saxe-Anhalt, la proportion d'étrangers, qui s'élève à 7,9%, est bien inférieure à la moyenne nationale.

Fin 2025, ce Land de l'ex-Allemagne de l'Est comptait environ 193 000 personnes de nationalité étrangère , dont environ 10 % provenant de pays africains. Au cours des dix dernières années, le nombre de personnes d'origine étrangère a presque doublé.

Les étudiants étrangers, le personnel soignant, les chercheurs et les entrepreneurs contribuent aujourd'hui au développement économique de la région dans de nombreux domaines.

"Les personnes noires et celles issues de l'immigration font partie intégrante de ce Land", résume la députée écologiste Awet Tesfaiesus dans son interview à la DW. Pour elle, "leurs droits et leur sécurité ne sont pas négociables".

Dans le même temps, de nombreuses personnes noires et d'origine africaine font état de discriminations dans leur vie quotidienne.

L'Afrozensus, une étude sur les réalités de la vie des personnes noires en Allemagne, montre que pour beaucoup d'entre elles, les expériences de racisme font partie du quotidien, que ce soit dans les administrations, les établissements d'enseignement ou dans l'espace public.

"Si l'AfD l'emporte, c'est qu'elle le mérite", pensent certains. Pour des personnes comme Karamba Diaby, Awet Tesfaiesus ou Amidou Traoré, une chose est sûre : l'avenir du Land ne dépend pas uniquement des résultats électoraux, mais aussi des personnes qui restent sur place, s'engagent et y assument des responsabilités. Y compris en cas de victoire électorale de l'AfD.

"Le vote compte et est déterminant", martèle Amidou Traoré. "Nous devons aller voter. Si l'AfD arrive en tête, c'est qu'elle mérite de gagner. Et ensuite, nous verrons comment la vie s'organisera en Saxe... Mais il faudrait éviter cela."

L'ancien député du Bundestag, Karamba Diaby, appelle la communauté afro-allemande et celle des migrants à ne pas se replier sur elles-mêmes par peur, mais à faire entendre leur voix lors des élections : "Cela nous concerne tous. Ce n'est pas seulement l'affaire des responsables politiques. Cela te concerne, tes enfants et l'avenir de tes enfants. Alors : reste ici et va voter."

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