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Passeports à 185 dollars : Semlex devant la justice belge

DW Afrique · Jean-Noël Ba-Mweze · 2 septembre 2026 · Source originale

Une entreprise belge renvoyée devant la justice pour répondre d’accusations de corruption d’agents publics étrangers.

Il s’agit de l’entreprise Semlex, longtemps chargée de produire les passeports biométriques congolais. Après environ neuf ans d’enquête, son renvoi devant le tribunal correctionnel ouvre une nouvelle étape dans cette affaire aux ramifications belgo-congolaises.

Les 14 inculpés dans l’affaire Semlex, liée à la production des passeports biométriques congolais sous le régime de Joseph Kabila, ont été renvoyés lundi devant le tribunal correctionnel belge pour des faits présumés de corruption internationale, de blanchiment et de fraude fiscale.

Des Congolais qui ont payé jusqu’à 185 dollars pour obtenir leur passeport se réjouissent de la décision de la justice belge. Mais leur préoccupation demeure : comment récupérer leur argent .

" Nous avons payé des passeports à 185 dollars. Je ne sais pas comment nous pouvons récupérer notre argent" , s'interroge un habitant de Kinshasa.

" Cette entreprise nous a beaucoup escroqué. Que justice soit faite. Je demande à notre justice de s’engager pour que l’argent qu’on m’avait escroqué puisse me revenir" , insiste un autre, alors qu'un troisième charge plutot le gouvernement congolais : " C’est le gouvernement qui a autorisé que cette entreprise puisse exploiter les gens. Le gouvernement doit veiller totalement ."

Pour les organisations congolaises qui suivent le dossier, ce procès vise avant tout à établir les responsabilités et à faire toute la lumière sur les soupçons de corruption , au-delà de la seule question du prix des passeports.

" C’est l’occasion pour nous citoyens congolais de connaître la vérité sur tous ceux qui ont détourné l’argent public, avec la complicité de Semlex. C’est la fin d’une certaine impunité. Pour la première fois, une série de personnes rattachées directement à la présidence de la République vont devoir rendre des comptes. C’est une satisfaction pour les citoyens" , explique Jean-Claude Mputu, porte-parole de la plateforme Le Congo n'est pas à vendre ( CNPAV ).

Pour certains juristes, cette procédure marque déjà une avancée importante dans la capacité de la justice belge à poursuivre des entreprises pour des faits présumés de corruption commis au-delà de ses frontières.

" C’est vrai que c’est une étape importante parce qu’elle montre que la justice belge peut poursuivre une entreprise belge pour des faits de corruption transnationale et internationale, même lorsque les faits se sont en grande partie déroulés à l’étranger », affirme Laura Davidt, une avocate belge spécialisée en droit pénal financier qui note é galement que ' on voit quand-même que la compétence du tribunal belge va toucher l’international'. Ça arrive également que vous avez un certain nombre de faits commis en Belgique, avec un élément d’extranéité à l’étranger, les tribunaux belges vont quand-même juger en Belgique. "

Selon les parties civiles, le contrat des passeports conclu entre les autorités congolaises et l’entreprise belge Semlex aurait servi à un système de transferts financiers illicites. Sur chaque passeport vendu 185 dollars, environ 60 dollars auraient été versés à une société basée à Dubaï, présentée comme liée à une proche de l'ex-président Joseph Kabila. Près de 60 millions de dollars auraient ainsi été détournés ou transférés de manière irrégulière.