Opérations de paix : la RDC appelle l’ONU à adapter ses mandats aux réalités du terrain

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Cette position a été défendue au Conseil de sécurité des Nations Unies lors d’une séance consacrée à l’avenir des opérations de maintien de la paix. Représentant la RDC, Nicolas Mupepe Matomene, ministre-conseiller et coordonnateur politique adjoint à la Mission permanente de la RDC auprès de l’ONU, a mis en garde contre une conception de la rationalisation qui se traduirait automatiquement par une diminution des capacités opérationnelles.
« Rationaliser ne peut devenir le synonyme de renoncer », a-t-il déclaré, soulignant qu’une réduction des effectifs ou des ressources ne garantit pas nécessairement une plus grande efficacité. Selon la position défendue par Kinshasa, une mission ne peut être considérée comme performante si les moyens mis à sa disposition ne lui permettent plus d’exécuter convenablement le mandat qui lui a été confié.
Le diplomate congolais a également relevé que la nature des conflits contemporains impose une adaptation constante des dispositifs internationaux. Les crises prolongées, la transformation des menaces sécuritaires et la raréfaction des ressources peuvent inciter à apprécier l’efficacité d’une mission uniquement à travers la diminution de ses effectifs, de son empreinte opérationnelle ou de son coût. Pour la RDC, cette approche ne suffit pas à mesurer la pertinence d’une présence des Nations Unies.
Nicolas Mupepe Matomene a notamment rappelé que l’absence d’une paix pleinement établie ne devrait pas automatiquement conduire à remettre en cause la présence d’une mission internationale. Il estime plutôt que cette situation doit pousser à déterminer quelle forme de présence, quels instruments et quelles capacités sont les plus appropriés pour accompagner le règlement du conflit et favoriser l’instauration d’une paix durable.
Kinshasa plaide pour des transitions réversibles
Pour la délégation congolaise, les missions de paix doivent pouvoir évoluer en fonction des changements observés sur le terrain. Une situation sécuritaire qui semble maîtrisée peut en effet se détériorer à nouveau, notamment lorsque des menaces jusque-là contenues réapparaissent.
Dans cette perspective, Kinshasa défend le principe de transitions « responsables, concertées et surtout réversibles lorsque les réalités du terrain l’exigent ». L’objectif est d’éviter que le retrait ou la réduction progressive d’une présence internationale ne soit engagé selon une logique exclusivement administrative ou budgétaire, sans tenir compte de l’évolution de la situation sécuritaire.
La RDC propose ainsi de dépasser une conception limitée du maintien de la paix pour renforcer le lien entre prévention des conflits, médiation, consolidation de la paix et accompagnement politique. « Il nous semble dès lors que la véritable question n’est peut-être plus seulement de savoir comment maintenir la paix, mais comment permettre aux opérations des Nations Unies de couvrir plus efficacement l’ensemble du chemin qui nous conduit à celle-ci », a expliqué le représentant congolais.
L’expérience de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) a également été mise en avant comme exemple d’adaptation aux nouvelles réalités. Nicolas Mupepe Matomene a notamment évoqué l’appui de la mission au Mécanisme conjoint de vérification élargi, dans le cadre des efforts régionaux destinés à assurer le suivi du cessez-le-feu.
Pour Kinshasa, cette implication démontre qu’une opération de maintien de la paix peut mettre son expertise, ses capacités logistiques et sa présence au service d’un dispositif politique et régional plus large. L’enjeu consiste donc à permettre aux missions onusiennes d’accompagner les initiatives de médiation, les mécanismes de cessez-le-feu et les processus politiques visant à instaurer une paix durable.
Kinshasa insiste sur le rôle de l’État hôte
La RDC a par ailleurs insisté sur la nécessité de placer l’État hôte au cœur du fonctionnement des opérations de paix. Pour la délégation congolaise, le consentement du pays concerné ne doit pas être considéré comme une simple condition préalable au déploiement d’une mission, mais comme un principe devant accompagner l’ensemble de son évolution.
« Le consentement de l’État hôte ne saurait être compris comme une formalité obtenue au moment du déploiement, puis progressivement reléguée au second plan », a soutenu le diplomate congolais. À ses yeux, la concertation avec l’État doit intervenir aussi bien dans la définition des priorités que dans l’adaptation du mandat, le déploiement, la reconfiguration et, éventuellement, la transition de la mission.
Kinshasa estime également qu’une opération internationale ne peut produire durablement les résultats attendus lorsque sa lecture de la situation sécuritaire diverge fortement de celle des autorités et des populations qu’elle accompagne. Le partenariat entre les Nations Unies et l’État hôte devrait donc, selon la délégation congolaise, reposer sur une coopération permanente et une responsabilité partagée.
Le mandat de la Monusco court jusqu’en décembre 2026
Cette prise de position intervient alors que la Monusco demeure présente en RDC dans le cadre d’un mandat renouvelé par le Conseil de sécurité. Adoptée le 19 décembre 2025, la résolution 2808 (2025) a prolongé le mandat de la mission jusqu’au 20 décembre 2026.
Créée en remplacement de la MONUC, la Monusco a officiellement commencé ses activités le 1er juillet 2010, conformément à la résolution 1925 du Conseil de sécurité, adoptée le 28 mai de la même année.
Dans le cadre de son mandat actuel, la mission est notamment appelée à contribuer à la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent et à soutenir le mécanisme de vérification convenu entre les parties à Doha, notamment à travers un appui logistique et technique.
À travers son intervention au Conseil de sécurité, la RDC souhaite ainsi que la réforme des opérations de paix tienne compte non seulement des impératifs de rationalisation des ressources, mais aussi des exigences concrètes liées aux contextes sécuritaires dans lesquels ces missions sont déployées.