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Au Tchad, la société civile veut élucider les violences

DW Afrique · Deutsche Welle · 18 septembre 2026 · Source originale

Une cinquantaine d'organisations de la société civile tchadienne lancent un projet de Commission nationale Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CNVJR).

Leur objectif : établir la vérité sur les répressions violentes et les crises politiques qui ont marqué l'histoire du Tchad depuis son indépendance, notamment les événements meurtriers du 20 octobre 2022.

Selon les initiateurs, les travaux de cette future commission devront couvrir l'ensemble des périodes de l'histoire politique du pays, du premier président de la République, François Ngarta Tombalbaye, jusqu'au président actuel, Mahamat Idriss Déby Itno.

L'ambition affichée est de documenter les violences politiques, d'identifier les responsabilités, mais aussi de donner une place centrale aux victimes et à leurs familles.

Les événements du 20 octobre 2022 devraient notamment occuper une place importante dans les travaux. Ce jour-là, des manifestations organisées par l'opposition et la société civile contre la prolongation de la transition avaient été violemment réprimées.

La commission envisage d'entendre l'ensemble des acteurs concernés, explique le pasteur Jonathan Dionlar, l'un des initiateurs du projet.

"Il faudra poser méthodiquement ces questions : que s'est-il réellement passé ? Qui a décidé ? Qui a exécuté les ordres ? Qui a subi les violations et que sont devenues les personnes portées disparues ?"

Le dispositif proposé prévoit des auditions publiques et, lorsque cela sera nécessaire, des auditions à huis clos. Victimes et familles, témoins, mais aussi responsables politiques, administratifs et sécuritaires pourraient être entendus.

Les témoignages devraient ensuite être confrontés aux différents rapports disponibles, aux dossiers judiciaires, aux documents administratifs et aux éléments audiovisuels. Les initiateurs souhaitent également recourir à un dispositif de vérification des faits afin d'identifier d'éventuelles manipulations.

La mise en œuvre d'une telle commission pourrait toutefois se heurter à d'importants obstacles. Le chercheur et analyste politique Yamingué Betinbaye souligne notamment les conséquences de l'amnistie dont ont bénéficié certains acteurs officiellement impliqués dans les événements du 20 octobre 2022.

"Prendre la parole sur ce sujet pourrait s'avérer inutile pour ces acteurs" , estime-t-il.

Autre difficulté : le silence attendu des forces de défense et de sécurité. Selon l'analyste, ces acteurs sont généralement soumis à des règles de confidentialité particulièrement strictes.

"Lorsque l'initiative d'une telle commission n'est pas portée par le gouvernement, il est difficile que des acteurs issus des forces de défense et de sécurité prennent la parole dans le cadre des travaux de cette commission" , souligne Yamingué Betinbaye.

Cette question de l'accès aux témoignages des responsables sécuritaires pourrait donc constituer l'un des principaux défis de la future commission.

Au-delà des difficultés pratiques, le projet suscite également des interrogations sur sa capacité à produire des effets concrets. Certains observateurs estiment que l'adhésion des autorités tchadiennes sera déterminante.

En particulier, l'implication du président Mahamat Idriss Déby Itno pourrait conditionner la capacité de la commission à accéder aux archives, aux responsables concernés et aux institutions de l'État.

Pour ses promoteurs, la CNVJR doit permettre d'établir les faits, d'entendre les victimes et de contribuer à un processus de réparation et de réconciliation nationale. Mais sans coopération des autorités et des différents acteurs impliqués dans les crises passées, le projet pourrait avoir du mal à dépasser le stade de l'initiative de la société civile.

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