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LGBTQ+ : pourquoi sont-ils la cible de la répression ?

DW Afrique · Matt Pearson · 17 septembre 2026 · Source originale

C'est un vaste coup de filet, qui a suscité des condamnations internationales. En Turquie , une vague d'arrestations vise depuis quelques jours la communauté LGBTQ+ . Une opération qui s'inscrit dans le cadre de la "Décennie de la famille" proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan , afin, je cite, de "protéger nos enfants, l'institution familiale et l'ordre social".

Cette récente répression turque contre les communautés LGBTQ+ n'est pourtant pas un cas isolé. La situation est souvent pire sous les régimes autoritaires.

Selon Koen Slootmaeckers, du département de politique internationale de l'université City St George's de Londres, "la montée de l'extrême droite s'accompagne d'une répression systématique de toute forme de différence". Il s'agit en réalité d'un discours opposant "nous" à "eux "et d'un renforcement des "valeurs familiales traditionnelles".

Ces valeurs ont été citées par le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, après la répression du week-end : "Conformément au devoir de protection des familles et des enfants qui incombe à l'État, en vertu de la Constitution, aucune organisation criminelle, aucun réseau d'abus ni aucune activité illégale ciblant les enfants, les jeunes ou les familles ne sera toléré !"

La référence à la protection des enfants est également caractéristique des actions gouvernementales autoritaires contre les communautés LGBTQ+ à plus grande échelle, signale Koen Slootmaeckers, dont les travaux portent souvent sur les politiques de genre et de sexualité.

Selon lui, " ils tentent de remettre au goût du jour les discours assimilant pédophilie et homosexualité. Ce n'est pas toujours direct, mais la tendance est indéniable. "

D'après un rapport de 2026 de l'organisation sud-africaine de défense des droits civiques Civicus, des sentiments comme ceux exprimés par Gurlek se sont progressivement normalisés." Les droits des femmes et des personnes LGBTQ+ font l'objet d'attaques d'une ampleur et d'une coordination sans précédent depuis des décennies ", indique le rapport.

Ce dernier ajoute que "les États-Unis ont façonné le discours mondial " sous la présidence de Donald Trump et cite la récente criminalisation des relations homosexuelles au Burkina Faso et à Trinité-et-Tobago parmi les exemples de régression des droits humains.

Si les méthodes d'oppression varient, Koen Slootmaeckers affirme que les raisons sous-jacentes sont souvent, au moins en partie, opportunistes plutôt qu'idéologiques.

" Dans les régimes autoritaires, comme nous l'avons constaté par le passé en Hongrie et en Pologne, on observe souvent, lorsque le pouvoir politique est menacé, une tendance à instrumentaliser ces questions pour désigner des boucs émissaires et détourner l'attention.

On prétend, par exemple, que les personnes LGBTQ+ menacent le tissu social, car elles remettent en cause la famille et l'avenir de la nation. C'est un moyen facile de créer un bouc émissaire et, souvent, de détourner l'attention d'autres crises " explique le chercheur.

La Turquie se classe 47e sur 49 pays dans la Carte Arc-en-ciel annuelle établie par l'Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (ILGA). Un pays moins bien classé a des lois et des politiques qui ne sont pas favorables aux personnes LGBTQ+.

Mais pour de nombreux observateurs, ce sont les pays qui chutent dans ce classement qui sont préoccupants. La Serbie en est un exemple. Elle a progressivement glissé à la 29e place, en dessous de la moyenne européenne.

Des groupes liés au président Aleksandar Vučić et à son parti progressiste serbe (SNS) ont été associés à une vague de violence contre la communauté LGBTQ+, qui se sent de plus en plus marginalisée.

Une enquête récente de l'Agence des droits fondamentaux de l' Union européenne a révélé que 80 % des personnes interrogées déclaraient éviter de tenir la main de leur partenaire en public, par exemple.

Bien que la Serbie ne fasse pas partie des 64 pays du monde qui criminalisent l'homosexualité, avec des lois prévoyant parfois la peine de mort, un malaise certain règne. "Dans les Balkans, la plupart des pays souhaitent encore adhérer à l'UE, ce qui limite en quelque sorte leurs possibilités.

Mais on constate des choses comme la tentative de Vučić d'annuler l'EuroPride 2022 à Belgrade, un événement paneuropéen LGBTQ+, car il se sentait menacé par la situation au Kosovo", explique Koen Slootmaeckers, par ailleurs auteur de l'ouvrage "Coming in : Sexual politics and EU accession in Serbia " (L'adhésion à l'UE en Serbie), paru en 2025.

"On observe cette tactique qui consiste à flatter les valeurs familiales puis à présenter les droits LGBTQ+ comme une futilité coûteuse, afin de détourner l'attention du véritable problème politique", poursuit-il.

Selon le chercheur, "à travers toute l'Europe, et pas seulement dans les Balkans ou en Europe de l'Est, on assiste au retour de l'homophobie et de la transphobie. On constate une culture où tout ce qui est considéré comme marginal est menacé et où l'exclusion des personnes se normalise."

L'exclusion semble être le mot d'ordre en ce qui concerne de nombreux membres de la communauté LGBTQ+ turque. L'association de défense des droits humains Kaos GL, dont les bureaux ont été perquisitionnés, qualifie la dernière vague de répression de "discrimination d'État, de politique de la peur et de démantèlement de la société civile ".

Pour celles et ceux qui vivent sous des régimes autoritaires ailleurs dans le monde, la menace de scènes similaires plane toujours.

L'homophobie et la répression visant des personnes LGBTQ+ en Afrique connaissent aussi un durcissement ces derniers temps même dans les pays démocratique. Sur le continent, l'homosexualité reste criminalisée dans environ 31 pays. Le Sénégal , le Burkina Faso , le Niger , ou encore le Ghana font partie des pays qui ont renforcé ou adopté de nouvelles lois sévères.

La peine capitale pour homosexualité aggravée est théoriquement prévue dans certains pays ou territoires comme en Mauritanie, en Somalie, au Nigeria dans les zones appliquant la charia et en Ouganda. Mais elle est rarement appliquée.

Ce durcissement récent s'appuie sur des discours souverainistes rejetant l'Occident et sur l'influence de réseaux ultraconservateurs, notamment religieux, mais une grande partie de ces lois trouve aussi ses racines dans des textes juridiques hérités de la colonisation.

Dans ce contexte de durcissement de la loi criminalisant l'homosexualité, d'autres pays sur le continent ont toutefois plutôt opté pour la dépénalisation ou la protection des droits des minorités sexuelles. C'est le cas de l'Angola, du Gabon, du Botswana (2019), de l'île Maurice (2023) ou de la Namibie (2024).

L'Afrique du Sud reste quant à elle le pays le plus en avance, reconnaissant le mariage homosexuel depuis 2006.

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