Au Burundi, le rêve brisé des jeunes de retour du Kenya

Ils étaient partis au Kenya avec l'espoir de développer un petit commerce et de saisir les opportunités offertes par le marché est-africain . Mais face aux difficultés sur place, ils sont nombreux à n'avoir d'autre choix que de rentrer.
Une fois refoulés par les autorités kényanes, que deviendront leurs projets ? A travers leurs témoignages, l'échec de ces jeunes hommes interroge aussi la réalité de l'intégration économique au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est.
À Nairobi, le quotidien des Burundais est devenu difficile, sur fond de tensions avec une partie de la jeunesse kényane de la Génération Z. Déo Nkunzimana, menuisier burundais installé dans la capitale kényane, raconte un climat qu'il juge de plus en plus préoccupant.
" Nous sommes en alerte. Ici, au Kenya, il y a les jeunes de la Génération Z . Ils nous intimident et nous avons peur. Ils nous demandent de l'argent et, lorsque nous résistons, ils peuvent nous faire du mal. Même certains Kényans rencontrent des difficultés à cause de ces jeunes " assure Déo.
Intimidations, violences et, selon plusieurs témoignages, agressions parfois mortelles : des Burundais installés au Kenya disent vivre dans un climat d'insécurité croissante.
Face à cette situation, Déo Nkunzimana appelle les autorités kényanes à renforcer la protection des commerçants et des travailleurs étrangers.
Selon lui "le gouvernement devrait prendre des mesures avant qu'il ne soit trop tard. Certains ont déjà été tués, d'autres ont été battus, notamment à cause du manque de protection."
Pour certains jeunes Burundais, cette situation s'est soldée par un retour précipité au pays. Dieudonné Rwicaruhoze se présente comme un touche-à-tout. Il était capable d'exercer différents petits métiers au Kenya.
Mais rentrer sans l'avoir décidé signifie aussi décevoir une famille qui comptait sur lui. " Nous étions venus avec un objectif à atteindre et un projet à réaliser. Si nous sommes refoulés avant d'atteindre cet objectif, alors que notre famille attendait beaucoup de nous, rentrer bredouille est une grande déception " explique le jeune homme que assure que "c'est difficile" .
Ces parcours mettent en lumière une autre réalité : celle de jeunes Africains qui misent sur la mobilité pour améliorer leurs conditions de vie.
Mais lorsque cette migration provoque des tensions xénophobes , la libre circulation des personnes et des activités économiques dans l'espace est-africain est remise en cause.
Au Burundi, ces retours forcés posent désormais une question : comment réinsérer des jeunes qui avaient placé leurs espoirs dans le commerce régional ?