Malgré sa fermeture, la frontière RDC-Ouganda reste poreuse

En dépit de la fermeture de la frontière par l'Ouganda pour faire face à la propagation du virus d'Ebola , des commerçants et des familles continuent de traverser par des pistes clandestines, échappant ainsi aux contrôles sanitaires .
À Kasindi et Nobili, des acteurs locaux estiment qu'une réouverture de la frontière, sous contrôle sanitaire renforcé, permettrait au contraire de mieux surveiller les mouvements de population entre la RDC et l'Ouganda.
Pour Profil Kalengya, président de la Fédération des entreprises du Congo à Kasindi, la fermeture de la frontière favorise les passages en dehors des points de contrôle officiels.
"Lorsque la frontière est fermée, certains transfrontaliers empruntent les pistes poreuses et c'est un danger pour le contrôle et la surveillance de la maladie à virus Ebola."
À Kasindi, principale porte d'entrée vers l'Ouganda, certains habitants affirment avoir continué à traverser malgré la fermeture de la frontière.
"Je vends du poisson et je dois me ravitailler en Ouganda. Si je ne travaille pas, mes enfants ne mangent pas et n'iront pas à l'école. Voilà pourquoi je ne peux pas croiser les bras parce qu'il y a Ebola. Je traverse la rivière entre les deux pays, je donne un peu d'argent de part et d'autre et on me laisse passer", a témoigné une commerçante de poisson sous anonymat.
Même situation pour un autre jeune commerçant qui s'approvisionne en produits manufacturés en Ouganda. Pour lui, la dépendance économique vis-à-vis du pays voisin rend difficile le respect de la fermeture de la frontière.
" Tout ce que nous utilisons ici provient presque uniquement de l'Ouganda. Quand je n'ai plus de marchandises dans ma boutique, je ne peux pas supporter qu'un premier client, un deuxième, rentrent dans ma boutique sans trouver ce qu'ils cherchent, alors que je sais où je peux me ravitailler pour satisfaire les demandes des clients. C'est comme ça qu'on s'est trouvé d'autres chemins pour accéder à l'Ouganda."
Ces témoignages illustrent les difficultés auxquelles sont confrontées les populations vivant de part et d'autre de la frontière. Malgré les restrictions, les besoins économiques et familiaux continuent de pousser certains habitants à emprunter des itinéraires non officiels.
À Nobili, plus à l'est de Kasindi, la société civile affirme avoir recensé au moins 17 pistes clandestines apparues depuis la fermeture de la frontière.
Richard Kirimba, président de la société civile à Beni, dénonce surtout l'absence de surveillance sanitaire sur ces itinéraires. Il estime que la fermeture de la frontière ne suffit pas à empêcher les déplacements et peut même rendre leur contrôle plus difficile.
"De part et d'autre, le peuple vit aux dépens de l'autre. Ce qui se passe à Kasindi prouve à suffisance que c'est la population qui maîtrise la situation. Il faut que les besoins humains soient pris en compte au moment des prises de décisions. Ce qui est sûr, c'est que durant cette traversée clandestine, il y a des paiements. Donc c'est la fraude qui s'invite ! Mais est-ce que le prix d'Ebola va être fixé à 5 000 schillings ?", s'est demandé Richard Kirimba.
Pour les acteurs locaux, la multiplication des passages clandestins constitue ainsi un défi à la fois économique, sécuritaire et sanitaire. Les personnes qui empruntent ces pistes échappent notamment aux dispositifs de contrôle et de surveillance mis en place aux postes-frontières officiels.
La frontière entre la République démocratique du Congo et l'Ouganda est fermée depuis mai 2026, après que l'Ouganda a enregistré des cas d'Ebola attribués à des contaminations importées de RDC.
Si les autorités ougandaises ont depuis contenu la maladie, les passages clandestins restent considérés comme un risque de nouvelles contaminations, en raison de l'absence de contrôle sanitaire sur ces itinéraires.
Début septembre, des experts congolais et ougandais se sont réunis à Kasese, en Ouganda, afin de renforcer leur coordination. Les deux pays envisagent notamment la mise en place de mécanismes de surveillance conjointe pour mieux prévenir les contaminations transfrontalières.
Dans les zones frontalières, la question reste donc de savoir comment concilier les impératifs sanitaires avec les réalités économiques et sociales des populations, qui continuent de dépendre fortement des échanges entre les deux pays.