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"Il n'y a pas que de la misère dans le cinéma africain"

DW Afrique · 16 septembre 2026 · Source originale

Auguste Bernard Kouemo Yanghu s’est inspiré de l'histoire de sa mère, qui a vu ses enfants partir en Europe, et qui va avoir une relation filiale inattendue avec une jeune femme de son quartier. Ce double prix s'inscrit dans une année 2026 exceptionnelle pour le cinéma africain , couronné déjà avant à Cannes et à Locarno. Avant une tournée qui le mènera à Londres, Marrakech, Ouagadougou ou encore Yaoundé. Il raconte son parcours entre Toulouse et le Cameroun et ce que ce prix représente pour lui, en mémoire de sa mère, décédée peu après la fin du tournage du film qu’elle n’aura pas pu voir.

DW : Bonjour Auguste. Bernard Kouemo Yanghu.

DW : Votre film La Maison du vent s'inspire de l'histoire de votre propre mère et de sa solitude au Cameroun. La réussite de ce film à la Mostra de Venise est-elle pour vous une meilleure façon de rendre hommage à votre maman qui est décédée sans avoir vu ce film ?

Auguste Kouemo : Quand je fais déjà ce film, je me dis que je vais lui faire un cadeau en lui faisant un long métrage, en faisant avec elle un long métrage. Mais au sortir du tournage, j'ai l'impression que c'est elle qui m'a fait un cadeau. Donc vous voyez, je sais que pour moi, intérieurement, c'est le miroir de notre relation qui est révélé.

DW : Dans quel contexte ce film, La Maison du vent, a-t-il été tourné, écrit et produit ?

Auguste Kouemo : Il y a deux mots qui rythment sur le tournage, le mot urgence et nécessité.

Parce que le film a été tourné dans l'urgence. Mais les producteurs, je leur ai dit à chaque fois : moi je tourne à telle période, avec ou sans argent, parce que je connaissais l'urgence de ce tournage-là.

Et la nécessité maintenant, c'est parce que bon, à un moment donné, on a envie de raconter une histoire. et j'ai senti que ma maman avait beaucoup à dire. Avait beaucoup de talents cachés, qu'elle a dû cacher même peut-être pendant son enfance, parce que c'est une femme. C'est en Afrique , il y a certains métiers parce que, par exemple, elle me disait dans nos entretiens que oui, tu sais, j'avais voulu être comédienne.

Je me suis dit : je vais le faire avec elle parce qu'on lui a interdit de faire ce métier-là, et moi je lui donne cette occasion de faire ce métier. 60 % des événements qui sont dans le film sont des faits réels qu'elle a vécus.

DW : La force de ce film, selon vous, c'est parce qu'il est ancré dans une histoire plutôt émotionnelle.

Auguste Kouemo : C'est ancré dans le réel. Et quand quelque chose est vrai, ça touche forcément. Quand on sent pas que c'est truqué, que c'est faux, que c'est très fictionnel.

DW : Et après, les projecteurs de la Mostra de Venise, est-ce que vous avez des perspectives de diffusion du film pour le public d'Afrique et notamment celui du Cameroun ?

Auguste Kouemo :  Vous savez, un film, ça suit une logique professionnelle assez standard, c'est à dire on va commencer par des festivals africains et puis petit à petit le film ira en salles.

Mais je voudrais, je suis en train de négocier pour que effectivement, ce soit vu par le plus grand monde en Afrique. Parce que La Maison du vent, c'est l'histoire de ceux qui restent quand d'autres s'en vont.

Dans le cinéma, on parle toujours de ceux qui partent, mais moi je raconte ceux qui restent. Ils ont besoin aussi qu'on raconte leur histoire.

C'est un film dans lequel tous les Africains s'identifieraient, parce que sur dix familles, il y en a au moins huit qui ont des enfants à l'extérieur.

DW : Pensez-vous, Auguste Kouemo, que la sélection de La Maison du Vent et les prix remportés à Venise marquent une ouverture durable de grands festivals internationaux au récit africain contemporain ?

Auguste Kouemo : J'ose croire. Je précise bien que oui, ça va, ça peut apporter un autre regard sur le cinéma africain et un regard que le ciné, le spectateur occidental ne voit pas souvent.

La plupart du temps, on case le cinéma africain dans les besoins primaires, c'est-à-dire les besoins physiologiques : manger, santé, sécurité et autres.

Or nous, avec mon film, je passe aux besoins secondaires, c'est-à-dire à des besoins psychologiques.

Cette dame ne manque de rien, vit dans une grande maison, ne cherche pas l'argent pour se soigner, elle a juste besoin de ses enfants. Et au départ, je vous avoue que moi j'ai eu peur. Je me disais : est-ce que mon cinéma là va être accepté ?

Parce que c'est dommage de le dire, mais la plupart du temps, on s'attend à ce qu'on ait de la misère dans le cinéma africain. Là je botte un peu ça en touche pour dire qu'il n'y a pas que de la misère dans le cinéma africain , il y a un autre cinéma africain qui peut traiter d'autres problèmes de l'ordre psychologique.

DW : Vous êtes diplômée de l'École supérieure d'audiovisuel à Toulouse, en France, et quel est le regard que vous portez aujourd'hui sur le cinéma que vous avez appris en Europe et la réalité de création pour un auteur issu de la diaspora africaine ?

Auguste Kouemo : J'étais étudiant de l'école supérieure d'audiovisuel de Toulouse. Bien sûr, j'ai appris, j'ai appris beaucoup de choses.

Je préfère me vanter d'avoir appris beaucoup de choses d'un autre cinéma. On doit se nourrir, on ne doit pas avoir honte de se nourrir des autres.

Quand je cite Mohsen Makhmalbāf , je n'ai pas honte. C'est pas parce qu'il n'est pas camerounais. Et très souvent aujourd'hui, on a l'impression qu'on se cache derrière notre doigt, surtout en Afrique, en disant il faut faire un cinéma africain et pour ça il faut avoir que des pairs presque africains, non.

Pour moi, aujourd'hui, on va prendre Spielberg. Il cite Truffaut par exemple, qu'il a imité Truffaut, donc pourquoi pas nous imiter les autres et à faire après une sorte de cinéma qui nous ressemble ?

C'est un peu comme ça que moi je vois le cinéma, à mon humble avis. J'ai raconté une histoire qui sied à tout le monde, aussi bien au public africain qu'au public européen.

C'est une histoire universelle. Des enfants qui vident la maison et des parents qui restent. J'espère, rendez-vous dans les salles et j'essaierai de faire le maximum pour être dans les salles et discuter avec le public.

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