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Yémen : les Houthis mettent l'Arabie saoudite en difficulté

DW Afrique · Ali Farhat · 14 septembre 2026 · Source originale

Les combattants pro-iraniens ont revendiqué ce lundi (14.09.2026) une nouvelle attaque "de grande envergure" au moyen de "dizaines de missiles balistiques et de drones" contre la base aérienne de King Khalid, située à Khamis Mushait, dans le sud du royaume saoudien.

Un habitant a dit à l'AFP avoir vu de "nombreux missiles" tomber sur la base militaire et entendu de fortes explosions. "C'est la première fois qu'il y en avait autant" , a-t-il raconté en affirmant que l'attaque avait provoqué un incendie "qui a duré très longtemps" .

Le mouvement houthi, qui avait annoncé en juillet dernier un blocus maritime contre l'Arabie saoudite et visé ses pétroliers, a infligé ces derniers jours d'importants revers aux forces gouvernementales yéménites et à leur allié saoudien, renforçant au terme d'une offensive éclair leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant l'Europe à l'Asie.

Ils ont aussi visé les infrastructures pétrolières de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus du seuil symbolique de 100 dollars.

Les Houthis, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa, et Hodeida (dans l'ouest du pays), ont progressé sur la côte en quelques jours, s'emparant jeudi dernier de la ville portuaire de Mokha.

Ils ont ensuite pris le contrôle du reste de la côte et des îles en mer Rouge, consolidant le lendemain leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, par lequel passe le trafic maritime à destination et en provenance du Canal de Suez.

Selon l'agence de presse officielle saoudienne SPA, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume , a reçu ce lundi (14.09.2026) à Djeddah le commandant du Centcom (le Commandement central américain), l'amiral Brad Cooper, pour évoquer "les derniers développements dans la région".

Selon le média en ligne Axios, "MBS", comme il est surnommé, a appelé Donald Trump à deux reprises jeudi dernier (10.09.2026) pour lui demander de frapper les combattants pro-iraniens, mais a été éconduit.

"Nous avons eu des discussions. Les Houthis nous ont appelés" et "ils ne veulent pas que nous nous en prenions à eux" , a dit le président américain samedi dernier (12.09.2026), au cours d'un échange avec la presse pendant une visite en Irlande.

Entre les attaques des Houthis et ses pétroliers désormais sous le menace dans les deux détroits entourant son territoire, le royaume saoudien est sous pression.

Son oléoduc Est-Ouest, voie d'exportation de brut cruciale pour contourner le blocage d'Ormuz , est aussi à l'arrêt après des attaques de drones venues d'Irak selon Ryad.

Les avancées des Houthis ont agravé "une crise que les Etats du Golfe jugeaient déjà intenable. Avec Ormuz entravé et Bab el-Mandeb de plus en plus vulnérable, la désescalade devient un impératif économique" , estime Ali Vaez, du centre de réflexion International Crisis Group.

Dans ce contexte tendu, l'Arabie saoudite a demandé le report d'une rencontre avec l' Iran , censée réunir lundi à Oman les pays du Golfe, selon la diplomatie iranienne.

"Invoquer la question yéménite comme raison (du report) est un faux prétexte" , a estimé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, lors d'une conférence de presse à Téhéran.

"L'Iran n'intervient pas dans les affaires yéménites" , a-t-il assuré, affirmant que les Houthis étaient "des acteurs totalement indépendants (qui) prennent leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts" .

Cette réunion devait porter sur l'avenir du détroit d'Ormuz, autre détroit clé pour le commerce mondial d'hydrocarbures, que l'Iran verrouille depuis des mois.

"Malgré les fortes pressions exercées par les Etats-Unis, l'Iran conserve un contrôle relatif sur Ormuz" , souligne l'analyste politique Maziar Khosravi. Parallèlement, les derniers développements au Yémen "ont instauré un nouvel équilibre des pouvoirs dans la région et même à l'échelle internationale" .

"Il me semble donc que l'Iran (se rendait) à cette réunion en position de force" , dit-il à l'AFP, face à une Arabie saoudite affaiblie.

A noter que les combats de ces dernières semaines dans l'ouest du Yémen ont fait des centaines de morts et ont provoqué le déplacement de près de 86.000 de personnes, soit 10.000 de plus que la veille, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui a aussi affirmé que plus de 2.000 de ces déplacés ont fui le pays par bateau depuis jeudi soir, vers Djibouti.