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Que reste-t-il d'al-Qaïda, 25 ans après le 11-Septembre ?

DW Afrique · Kersten Knipp · 11 septembre 2026 · Source originale

25 ans après les attentats du 11 septembre, al-Qaïda n'a pas disparu mais elle n'est plus la même organisation qu'à l'époque.

Son noyau est affaibli, mais ses ramifications régionales restent puissantes dans certaines régions d'Afrique et d'Asie. Le siège et les différentes antennes se sont de plus en plus éloignés les uns des autres.

L'organisation al-Qaïda fonctionne avec des sortes de filiales régionales. Pour ce qui est le l'Afrique, un puissant réseau affilié à al-Qaïda s'est formé avec la "Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin" (le Jnim), actif dans le Sahel, en Somalie, le groupe al-Shabaab est aussi toujours affilié à al-Qaïda.

Au Yémen, il existe un groupe appelé Aqpa, Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Et en Afghanistan aussi, des branches de l'organisation sont présentes.

Mais Al-Qaïda elle-même agit de moins en moins sous son propre nom.

Cela s'explique en grande partie par le succès de la lutte contre le terrorisme menée après 2001. L'intervention militaire en Afghanistan, ainsi que la coopération renforcée entre les services de renseignement et la police ont considérablement affaibli l'organisation.

"De ce point de vue, les attentats du 11 septembre ont constitué un énorme échec stratégique pour Al-Qaïda" , déclare Lars Berger, professeur spécialiste du terrorisme. D'ailleurs, la radicalisation espérée du monde arabe et le renversement des régimes en place ne se sont pas produits.

Le visage le plus connu d'al-Qaïda était Oussama Ben Laden. Il a été tué une dizaine d'années après les attentats de New York, en mai 2011.

Par la suite, al-Qaïda s'est réorganisée. Elle a cherché à s'implanter dans des pays où l'État est faible, où les forces de sécurité sont débordées et où des conflits locaux restent sans solution, car ces pays sont particulièrement vulnérables.

C'est notamment le cas dans la région du Sahel. Dans cette région, les groupes djihadistes ont effectivement pu étendre leurs zones de repli.

Une analyse réalisée par le groupe de réflexion Critical Threats Project montre, en prenant l'exemple du Niger, comment le Jnim et le groupe État islamique dans le Grand Sahara (ISSP) se disputent des territoires, des combattants et des ressources.

En juin 2026, le Jnim a attaqué l'aéroport international de Niamey.

Selon Rüdiger Lohlker, islamologue émérite, ces succès ne s'expliquent pas uniquement par l'idéologie djihadiste. Elles coïncident plutôt avec une sorte d'économie de la violence.

Les enlèvements, la contrebande et les pillages constituent une "économie du pillage" ou une "économie de la contrebande", selon les propos du chercheur qui évoque la présence de véritables "marchés de la violence" : là où il est possible de gagner de l'argent par la violence , les organisations djihadistes peuvent également susciter l'adhésion de personnes qui manquent de revenus.

À cela s'ajoute la faiblesse de l'État. "Lorsqu'il y a un pouvoir étatique relativement faible ou qu'un État est pratiquement inexistant, cela crée bien sûr un contexte favorable" , complète Rüdiger Lohlker.

Al-Qaïda peut d'autant mieux s'implanter dans des zones en proie à des conflits locaux et qui souffrent de la vacuité du pouvoir.

Au fil des ans, la stratégie de l'organisation a également évolué vers la mise en place de structures plus locales qui mènent des actions de moindre envergure plutôt que tournées vers un ennemi lointain. C'est précisément grâce à cette évolution qu'al-Qaïda parvient à se maintenir.

Le Jnim s'attaque aux conflits ethniques et sociaux dans le Sahel, tandis qu'al-Shabaab s'attaque aux conflits au sein des structures claniques somaliennes.

L'objectif djihadiste mondial reste le cadre idéologique, mais le combat se déroule sur le terrain.

Al-Qaïda doit désormais faire avec un concurrent : le groupe "État islamique" (EI).

"En fin de compte, les jeunes djihadistes sont davantage attirés par l'État islamique" , estime Behnam Heidenreuter-Said, expert en terrorisme à l'Académie de police de Hambourg.

L'EI se serait livré à des attentats "plus spectaculaires" et ayant eu un plus grand retentissement médiatique.

Mais al-Qaïda aurait adopté une stratégie à plus long terme, selon Behnam Heidenreuter-Said, qui a publié il y a quelques années une histoire exhaustive d'al-Qaïda : "L'EI voulait se mettre en scène et afficher des succès le plus rapidement possible afin de connaître une croissance fulgurante. " L'expansion de l'EI a toutefois été suivie de son effondrement.

Al-Qaïda, en revanche, continue d'exister, bien que dans un contexte différent.

Cependant, la question se pose aujourd'hui pour ce groupe de savoir s'il est en mesure d'assurer la relève de la première génération vieillissante. Behnam Heidenreuter-Said souligne que la "marque" al-Qaïda perd de plus en plus en influence, notamment en Europe.

Les idées djihadistes n'ont toutefois pas pour autant disparu : al-Qaïda a simplement perdu sa capacité d'autrefois à mobiliser un grand nombre de jeunes.

Le noyau dur d'al-Qaïda est donc affaibli, mais ses branches régionales ne le sont pas.

Le Jnim, al-Shabaab et Aqap, en particulier, peuvent exercer une influence considérable dans les États fragiles.

Il est donc difficile de déterminer dans quelle mesure al-Qaïda représente encore un danger.

Behnam Heidenreuter-Said met en évidence une lacune cruciale : "Tout le monde s'accorde à dire qu'il n'y a pratiquement aucune information sur al-Qaïda à l'heure actuelle."

Depuis les attentats du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, on a d'ailleurs remarqué à quel point al-Qaïda s'était faite discrète dans les grands conflits régionaux.

Le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et l'Iran ont dominé la scène politique et militaire.

25 ans après le 11 septembre, il n'est pas exclu qu'al-Qaïda parvienne à s'implanter profondément dans des États fragiles, au point que, d'une organisation terroriste, elle se transforme en une puissance politique et militaire durable.

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