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C64 : le piège de la neutralité qui profite à Tshisekedi

Beto.cd · Rédaction Kinshasa · 2 novembre 2026 · Source originale

La création du Front pour la refondation de la nation (FRN) par l’ancien président Joseph Kabila a placé l’opposition congolaise devant une épreuve de cohérence. Rejoindre cette initiative ou la rejeter. À Rome, la C64 devait clarifier sa position. Et elle a choisi une troisième voie : condamner le recours aux armes « avec la même fermeté » qu’une éventuelle modification de la Constitution. Ce choix n’est pas anodin. Il touche à la question centrale de toute opposition qui prétend exercer le pouvoir demain : la crédibilité de son projet et la légitimité des moyens qu’elle entend employer. En refusant de trancher clairement sur le FRN, la C64 a entretenu une ambiguïté qui fragilise son discours d’alternative politique. La difficulté est d’autant plus grande que les situations ne sont pas équivalentes. La perspective d’une modification constitutionnelle attribuée à Félix Tshisekedi constitue une inquiétude politique à laquelle l’opposition peut légitimement s’opposer. Le recours aux armes, en revanche, est une réalité qui engage directement la responsabilité du camp Kabila, qui l’assume. Les deux ne peuvent être placés sur le même plan. En voulant préserver une position d’équilibre, la C64 risque ainsi de perdre sur les deux tableaux. Ceux qui attendent d’elle une opposition sans concession à la démarche armée peuvent lui reprocher sa complaisance. Le camp du recours aux armes peut, à l’inverse, considérer sa posture de médiatrice comme un éloignement de leur stratégie. La neutralité devient alors un facteur d’isolement. Deux pôles, deux stratégies, une opposition divisée Cette réception négative ne se limite pas aux adversaires du FRN. Elle apparaît également dans les rapports entre les deux pôles de l’opposition. Corneille Nangaa a d’ailleurs demandé à la C64, qui a souhaité se rendre à Goma rencontrer Joseph Kabila , de s’y rendre en défenseuse de la Constitution et non en médiatrice. Un recadrage qui révèle le désaccord sur la mission même de la plateforme. Cette divergence a des antécédents. Le camp Kabila a défendu une ligne conditionnant tout rapprochement avec Félix Tshisekedi à la convocation d’un dialogue national selon les propositions de la CENCO et de l’ECC . La C64 a, pour sa part, privilégié une démarche de rapprochement avec le pouvoir sans connaître au préalable le contour politique et juridique dudit dialogue. Elle est allée jusqu’à reporter à plusieurs reprises ses marches, à la demande des religieux, pour voir un tel dialogue se tenir. Il ne s’agit donc pas d’une simple différence de méthode. Les deux pôles ne partagent pas la même lecture du rapport de force ni la même conception des conditions d’un dialogue. Pour l’un, il faut d’abord imposer un cadre politique préalable. Pour l’autre, le rapprochement peut contribuer à ouvrir la voie. Rome a rendu cette divergence plus visible, sans la résoudre. La situation est d’autant plus paradoxale que Joseph Kabila est lui-même passé officiellement d’un combat politique de « Sauvons le Congo » à une agression armée du Front pour la refondation de la nation afin de renverser le pouvoir en place par tous les moyens, y compris par la force. Tandis que son camp redéfinit son organisation et sa stratégie, la C64 peine à stabiliser son propre positionnement. La démarche armée de l’ancien président, peu alléchante pour le peuple congolais, complique en outre la recherche d’une légitimité politique commune. Une crise de cohésion qui s’ajoute aux revers La décision de Rome s’inscrit ainsi dans une succession de difficultés. Aux divergences avec le camp Kabila s’ajoutent les contestations de certains membres , les interrogations sur l’autorité de ses instances et les difficultés à transformer ses déclarations en mobilisation populaire. Les reports successifs des marches, puis la faible portée de la dernière mobilisation , ont encore accentué ce déficit de crédibilité. Le problème dépasse donc la réception d’une déclaration. Il concerne la capacité de la C64 à faire reconnaître son autorité, à définir une ligne commune et à entraîner ses membres derrière des décisions collectives. Une plateforme qui ne parvient pas à convaincre ses partenaires de sa stratégie ni à mobiliser suffisamment dans la rue peut difficilement prétendre peser comme un acteur central de la recomposition politique. En voulant devenir un espace de médiation entre Tshisekedi et Kabila, la C64 a peut-être sous-estimé une exigence préalable : être elle-même un espace de cohérence. On ne peut prétendre rapprocher des protagonistes dont les stratégies divergent profondément sans avoir préalablement clarifié sa propre position. La médiation, loin de résoudre ses contradictions, les a exposées . Tshisekedi, bénéficiaire d’une opposition sans ligne commune Pour Félix Tshisekedi, cette séquence offre un avantage politique qui ne nécessite aucune victoire supplémentaire sur le terrain. Ses adversaires peinent à s’accorder sur la nature de leur combat, les moyens de le conduire et les conditions d’une éventuelle négociation. Le pouvoir peut ainsi observer ses opposants consacrer une partie de leur énergie à régler leurs propres contradictions. Un autre dividende tient au déplacement du débat. Au lieu de concentrer la pression sur le bilan du pouvoir, les enjeux constitutionnels et la crise sécuritaire, l’opposition se retrouve à devoir justifier ses alliances, ses divergences et ses choix stratégiques. Tshisekedi bénéficie alors d’une centralité politique renforcée : même ses adversaires ne parviennent pas à définir une réponse commune à lui opposer. Il serait toutefois prématuré de confondre cet avantage conjoncturel avec une victoire durable du président. Les divisions de l’opposition ne règlent aucun des problèmes auxquels le pays est confronté. Mais le pari de Rome aura au moins révélé une réalité : face à Tshisekedi, l’opposition ne souffre pas seulement d’un déficit de mobilisation. Elle souffre aussi d’un déficit de cohérence. Et c’est peut-être là son revers le plus préoccupant. JSB À lire aussi Le dilemme de la C64 : après le FRN, on ne peut plus réclamer une chaise pour Kabila ! Les cinq refus de la C64, opposés au pouvoir comme au mouvement armé Après la création du FRN, Muyaya renvoie la C64 à son plaidoyer pour Kabila The post C64 : le piège de la neutralité qui profite à Tshisekedi appeared first on BETO .

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